Mali : le lithium de Bougouni rembourse sa dette en six mois, porté par la remontée des cours
Kodal Minerals a dégagé un bénéfice de 3,496 millions de livres sterling au premier semestre 2026, contre une perte de 3,660 millions un an plus tôt
Kodal Minerals a dégagé un bénéfice de 3,496 millions de livres sterling au premier semestre 2026, contre une perte de 3,660 millions un an plus tôt. Le retournement vient du lithium de Bougouni, dans le sud du Mali, qui a connu sa première période complète de production commerciale. En six mois, la mine a généré assez de trésorerie pour solder sa dette de projet.
Le site a produit 53 195 tonnes sèches de concentré de spodumène à une teneur moyenne de 5,34 % d’oxyde de lithium. Les exportations cumulées dépassent 69 000 tonnes et ont généré environ 93 millions de dollars de revenus pour la société d’exploitation, Les Mines de Lithium de Bougouni. La troisième cargaison, environ 20 400 tonnes arrivées à Hainan le 27 juin, a rapporté à elle seule 39,05 millions de dollars. Une quatrième, de quelque 24 200 tonnes, a quitté le port de San Pedro le 11 juillet.
Il faut être précis sur ce qui a produit ce résultat, car l’explication n’est pas industrielle. La production est restée inférieure au budget, en raison de pannes et d’opérations de maintenance sur le circuit de concassage et de contraintes de disponibilité des équipements miniers, les niveaux attendus n’ayant été retrouvés qu’à la fin du mois de juin. Ce sont les cours qui ont fait la différence : la troisième cargaison a été valorisée sur la base d’un prix de référence de 2 304 dollars la tonne. Après l’effondrement des prix du lithium qui a suivi l’emballement de 2022, cette remontée transforme la rentabilité de tous les producteurs.
Qui détient quoi, exactement
Le montage mérite d’être déplié, parce que les titres de presse s’arrêtent au nom de la société britannique alors que le contrôle se situe ailleurs.
Kodal Minerals, cotée à Londres, détient 49 % de Kodal Mining UK. Le groupe chinois Hainan Mining en détient 51 %. Cette société possède à son tour 65 % des Mines de Lithium de Bougouni, les 35 % restants revenant à l’État malien. En remontant la chaîne, la participation réelle de Kodal dans la société d’exploitation s’établit à 31,85 %, celle de Hainan Mining à 33,15 %. Le partenaire chinois pèse donc davantage que le britannique dans le projet, et il en est aussi le principal acheteur, puisque le concentré part vers ses installations de Hainan.
Les 35 % maliens méritent d’être notés. Le code minier adopté par les autorités de transition a relevé la participation de l’État dans les projets, et Bougouni en est une application concrète. Cette part ouvre droit à des dividendes une fois les coûts recouvrés, en plus des redevances et des impôts. Reste que la mine vient seulement de solder sa dette de projet, étape qui précède la distribution des bénéfices.
Car c’est bien ce qui s’est joué au premier semestre. La trésorerie dégagée a permis 33 millions de dollars de remboursements, avec lesquels Kodal Mining UK a intégralement soldé et clos sa facilité de financement auprès de Hainan. Une mine qui efface sa dette de construction en six mois d’exploitation, c’est un fait rare, et cela libère les flux futurs pour les actionnaires, l’État malien compris.
Huit cent quatre-vingts kilomètres de route vers un port ivoirien
Le concentré de Bougouni ne quitte pas le Mali par le Mali, pour la raison simple que le pays n’a pas de littoral. Il parcourt environ 880 kilomètres de route jusqu’au port de San Pedro, en Côte d’Ivoire, avant d’embarquer pour la Chine.
Cette donnée logistique est aussi une donnée politique. Le Mali a quitté la CEDEAO en janvier 2025 avec le Burkina Faso et le Niger, et son lithium transite par un port d’un État membre de cette organisation. Les corridors commerciaux ont survécu à la rupture institutionnelle, parce que la géographie ne se renégocie pas et qu’aucune des deux parties n’a intérêt à les fermer. Le coût de ce transport routier pèse en revanche sur chaque tonne exportée, et il constitue le principal handicap de compétitivité d’une mine enclavée.
Un autre épisode éclaire ce dossier. L’an dernier, Bougouni produisait du concentré sans parvenir à l’exporter, faute d’autorisation du gouvernement malien, le directeur général de Kodal expliquant alors dépenser de l’argent à produire une matière que son partenaire chinois voulait acheter mais qu’il ne pouvait pas expédier. La nouvelle autorisation portant sur 125 000 tonnes supplémentaires prend tout son sens à cette lumière : dans ce pays, la contrainte n’est pas seulement géologique ou commerciale, elle est administrative.
Le Mali entre ainsi dans la chaîne mondiale des batteries, aux côtés d’autres gisements ouest-africains, avec un concentré expédié brut et raffiné en Chine. Ce que le pays en tirera dépendra des cours du lithium, notoirement instables, du maintien des volumes et de la capacité de l’État à percevoir sa part. Les six prochains mois diront si la performance de ce semestre tient quand le prix de la tonne, lui, cesse de monter.



