Israël-Liban : le report des négociations de Rome révèle la fragilité d’un accord suspendu au désarmement du Hezbollah
Le prochain rendez-vous diplomatique entre Israël et le Liban n’aura finalement pas lieu à Rome comme prévu la semaine prochaine. Les États-Unis, qui assurent la médiation entre deux pays toujours techniquement en état de guerre, ont annoncé son report au mois d’octobre. Officiellement, il s’agit essentiellement d’un problème de calendrier. Politiquement, le report intervient pourtant au moment où le mécanisme négocié depuis juin se heurte à sa difficulté centrale : obtenir simultanément le retrait israélien du sud du Liban, le déploiement effectif de l’armée libanaise et le désarmement du Hezbollah.
Le prochain rendez-vous diplomatique entre Israël et le Liban n’aura finalement pas lieu à Rome comme prévu la semaine prochaine. Les États-Unis, qui assurent la médiation entre deux pays toujours techniquement en état de guerre, ont annoncé son report au mois d’octobre. Officiellement, il s’agit essentiellement d’un problème de calendrier. Politiquement, le report intervient pourtant au moment où le mécanisme négocié depuis juin se heurte à sa difficulté centrale : obtenir simultanément le retrait israélien du sud du Liban, le déploiement effectif de l’armée libanaise et le désarmement du Hezbollah.
Le dialogue ne s’interrompt pas pour autant. Les ambassadeurs libanais et israélien aux États-Unis doivent se rencontrer la semaine prochaine au département d’État à Washington afin d’examiner les développements récents et la poursuite de la mise en œuvre de l’accord-cadre conclu en juin.
La nuance est importante : Rome est reportée, mais le canal politique reste ouvert.
Selon les informations communiquées par un responsable américain, les préparatifs de l’Assemblée générale des Nations unies, plusieurs fêtes juives ainsi qu’une conférence organisée à Paris en soutien à l’armée libanaise compliquaient la présence des principaux participants. Les négociations formelles reprendront donc en octobre.
Mais derrière ces contraintes diplomatiques se trouve un dossier beaucoup plus difficile.
L’accord-cadre conclu fin juin sous médiation américaine repose sur un principe d’échange progressif. Israël doit se retirer des territoires libanais qu’il occupe encore ; parallèlement, l’armée libanaise doit se déployer dans les secteurs concernés et les groupes armés non étatiques doivent y être désarmés. Le processus doit commencer dans des « zones pilotes » avant d’être éventuellement étendu.
Les discussions organisées à Rome pendant l’été avaient permis d’avancer sur les modalités de ce mécanisme. Lors du round de juillet, les négociateurs étaient notamment parvenus à travailler sur la structure et les règles applicables aux premières zones pilotes. Un nouveau cycle s’est tenu début août dans la capitale italienne.
Le problème est que le dispositif repose sur une équation que les diplomates peuvent définir sur le papier mais que les acteurs doivent encore rendre applicable sur le terrain.
Israël conditionne son retrait à la neutralisation militaire du Hezbollah. Le Hezbollah refuse de déposer les armes tant qu’Israël occupe et frappe le territoire libanais. Et l’État libanais doit tenter de rétablir son autorité entre ces deux positions.
C’est le véritable nœud de la négociation.
Pour Washington, l’accord de juin reste le mécanisme privilégié permettant de restaurer la souveraineté du Liban tout en répondant aux exigences sécuritaires israéliennes. Les États-Unis soutiennent dans cette logique le renforcement de l’armée libanaise, appelée à devenir l’acteur militaire légitime dans les secteurs progressivement évacués.
Pour Beyrouth, la question est particulièrement sensible. Le gouvernement cherche à récupérer le contrôle effectif de l’ensemble du territoire national, mais toute opération de désarmement du Hezbollah touche directement à l’équilibre politique et sécuritaire interne du pays.
Le mouvement chiite, étroitement lié à l’Iran, rejette le cadre actuel et considère que la poursuite des opérations israéliennes rend toute discussion sur son désarmement inacceptable.
Or les frappes n’ont pas cessé.
Malgré le cessez-le-feu conclu en juin, Israël poursuit des opérations au Liban contre des objectifs qu’il présente comme appartenant au Hezbollah. Ces derniers jours, la tension s’est même fortement accrue dans le Sud.
Le 6 septembre, des frappes israéliennes ont tué plusieurs personnes dans différentes localités du sud du pays. Israël les a présentées comme une réponse à des attaques de drones attribuées au Hezbollah. Quelques jours plus tard, de nouveaux bombardements ont visé un important complexe souterrain que l’armée israélienne affirme avoir été utilisé par le mouvement.
L’intensité d’une explosion survenue jeudi a été telle qu’une secousse de magnitude 4,1 a été enregistrée par l’Institut d’études géologiques des États-Unis.
Le Liban conteste parallèlement le comportement israélien depuis la signature de l’accord. L’armée libanaise affirme avoir recensé des milliers de violations israéliennes depuis le 26 juin et considère leur poursuite comme une menace pour les arrangements négociés.
Israël soutient de son côté que le maintien de ses opérations reste nécessaire tant que les capacités militaires du Hezbollah ne sont pas effectivement démantelées.
Les deux parties se retrouvent ainsi enfermées dans une logique de conditionnalité réciproque : Israël veut des garanties sur le désarmement avant de se retirer complètement ; le Hezbollah utilise la présence et les frappes israéliennes pour justifier le maintien de son arsenal.
Entre les deux, l’État libanais cherche à rétablir une souveraineté militaire qu’il ne peut imposer uniquement par une décision diplomatique.
C’est ce qui donne à l’armée libanaise une importance croissante.
Le dispositif négocié avec Washington ne peut fonctionner que si les forces libanaises sont capables de prendre effectivement possession des zones évacuées, d’y contrôler les armes et d’empêcher la reconstitution d’infrastructures militaires parallèles. Le soutien international à l’armée n’est donc plus périphérique : il devient une condition pratique de l’accord.
La question du contrôle international est également étudiée. Des discussions ont porté sur la possibilité d’associer des pays tiers à un mécanisme destiné à vérifier le désarmement. L’Italie, le Royaume-Uni, la Suisse et l’Indonésie ont notamment été évoqués parmi les contributeurs possibles. Aucun dispositif définitif ne doit cependant être considéré comme acquis à ce stade.
La place de Rome dans ce processus n’est d’ailleurs pas fortuite.
L’Italie entretient une présence ancienne dans le dossier libanais, notamment à travers sa participation à la FINUL, et possède des relations avec Beyrouth comme avec Israël. Accueillir les négociations permet également de déplacer les discussions hors du face-à-face régional immédiat, tout en conservant la médiation américaine.
Le report à octobre ne constitue donc pas en lui-même un échec diplomatique. Les États-Unis maintiennent le processus et la rencontre de Washington doit empêcher une rupture du dialogue.
Mais il intervient dans un environnement militaire qui rend chaque délai plus dangereux.
Plus les frappes israéliennes se poursuivent, plus le gouvernement libanais rencontre de difficultés à présenter le désarmement du Hezbollah comme une restauration normale de la souveraineté nationale plutôt que comme une exigence imposée sous pression militaire. Et plus le Hezbollah conserve ses capacités armées, plus Israël dispose d’un argument pour maintenir ses forces et poursuivre ses opérations.
C’est ce cercle qu’une négociation devra parvenir à rompre.
Le véritable test d’octobre ne sera donc pas la simple reprise des discussions à Rome. Il sera de déterminer si les parties peuvent transformer le principe des « zones pilotes » en premières mesures vérifiables sur le terrain : retrait israélien, déploiement de l’armée libanaise et démantèlement effectif des infrastructures armées non étatiques.
Sans ce commencement concret, les réunions risquent de se succéder sans résoudre la contradiction fondamentale.
Le Liban veut récupérer sa souveraineté territoriale. Israël exige que cette souveraineté signifie également la fin d’une force militaire du Hezbollah indépendante de l’État. Le Hezbollah, lui, refuse jusqu’ici cette équation dans les conditions actuelles.
Rome peut fournir la table. Washington peut assurer la médiation. Mais la question décisive reste libanaise et régionale : qui détiendra réellement les armes et contrôlera le sud du Liban lorsque les soldats israéliens partiront ?
C’est autour de cette question, beaucoup plus que du calendrier diplomatique, que se joue désormais la suite des négociations.



