Guinée équatoriale : Chevron relance les forages sur des champs dont les réserves sont presque épuisées
Chevron prépare une nouvelle campagne de forage en Guinée équatoriale à partir du premier trimestre 2027. Ni le nombre de puits, ni leur localisation, ni les montants engagés n'ont été rendus publics.
Chevron prépare une nouvelle campagne de forage en Guinée équatoriale à partir du premier trimestre 2027. Ni le nombre de puits, ni leur localisation, ni les montants engagés n’ont été rendus publics. Derrière cette annonce se joue une course contre le temps, car le pays doit remplacer des réserves dont l’essentiel a déjà été produit.
Un chiffre résume la situation mieux que tous les communiqués. Le champ d’Aseng, dans le bloc I, opéré par Chevron, a livré 94,36 % de ses réserves récupérables. Sa production a culminé en 2012, et les projections économiques situaient la fin de sa viabilité commerciale en 2027. C’est précisément ce champ que le groupe américain entend reconvertir, en tirant du gaz d’un gisement exploité pour son pétrole depuis plus de quinze ans.
Le groupe détient par ailleurs des intérêts opérés dans le champ de Yolanda, également dans le bloc I, et dans celui d’Alen, dans le bloc O. Il a obtenu cinq nouvelles licences de reconnaissance, et ce terme mérite d’être respecté : une licence de reconnaissance autorise des travaux d’évaluation préliminaire, études géologiques et acquisitions sismiques, elle n’accorde ni droit d’exploitation ni permis de production. C’est le premier barreau de l’échelle, pas le dernier.
Faire durer des installations plutôt que des gisements
La stratégie équato-guinéenne ne consiste pas à découvrir un nouveau grand champ, mais à faire vivre les usines déjà construites. Le complexe de Punta Europa, avec ses installations de liquéfaction et de traitement, a été bâti pendant les années d’expansion et il tourne aujourd’hui en dessous de ses capacités. Chaque nouveau volume de gaz qui peut y être raccordé prolonge son exploitation sans qu’il faille reconstruire une chaîne industrielle complète.
Malabo a donné un nom à cette approche, le Gas Mega Hub, et l’accord-cadre conclu en janvier 2026 autour d’Aseng Gas en constitue la pièce maîtresse. Il porte la participation de la compagnie nationale GEPetrol de 5 % à 32,55 %, avec un montage dans lequel Chevron finance cette augmentation. Le projet réunit Chevron comme opérateur, GEPetrol, Glencore et Gunvor, et sa mise en service est actuellement prévue pour 2028.
Ce mécanisme de financement mérite d’être compris par les pays producteurs qui suivent ce dossier. Un État qui n’a pas la trésorerie pour acquérir une part dans un projet peut se la faire financer par l’opérateur, contre remboursement sur sa quote-part de production future. La participation nationale augmente sur le papier immédiatement, les recettes correspondantes n’arrivent qu’une fois l’avance remboursée. C’est un outil utile, ce n’est pas un gain net.
Un gisement à cheval sur deux pays
Le second volet de cette stratégie franchit une frontière. Le gisement gazier de Yoyo-Yolanda s’étend de part et d’autre de la limite maritime entre la Guinée équatoriale et le Cameroun, et contient environ 2 500 milliards de pieds cubes de gaz. En février 2026, les deux États ont signé un accord d’unitisation, procédure par laquelle un gisement traversant une frontière est traité comme un ensemble unique, avec une répartition convenue des coûts et des revenus entre les parties.
Chevron opère des deux côtés, avec la participation des compagnies nationales, la Société nationale des hydrocarbures pour le Cameroun et GEPetrol pour la Guinée équatoriale. Jim Swartz, directeur général du groupe pour le Nigeria et l’Afrique centrale, présente le projet comme central dans sa stratégie d’approvisionnement en GNL à long terme, en s’appuyant sur les installations d’Alen et de Punta Europa. Une décision finale d’investissement est envisagée en 2027.
L’exemple mérite d’être retenu au delà du golfe de Guinée. Des gisements transfrontaliers, l’Afrique de l’Ouest en compte plusieurs, à commencer par Grand Tortue Ahmeyim entre le Sénégal et la Mauritanie. L’unitisation est le seul mécanisme qui permet de les développer sans que la frontière devienne un contentieux. Le Cameroun et la Guinée équatoriale viennent de démontrer qu’il fonctionne, après des années de discussions au point mort.
Reste l’urgence budgétaire, qui explique le calendrier. La production nationale d’hydrocarbures décline sous l’effet de la maturité des champs, et le gouvernement reconnaît que ce recul pèse sur la croissance, les recettes publiques et les capacités de financement de l’État. Pour 2027, les projections officielles retiennent encore plus de 813 milliards de francs CFA de recettes pétrolières. Ce chiffre suppose que les infrastructures tournent.
Une campagne de forage annoncée ne garantit toutefois aucune découverte, et une licence de reconnaissance ne garantit pas un puits. Le test réel commencera avec les résultats des forages de 2027, puis avec les décisions d’investissement qui suivront. Un pays qui a bâti son économie sur quelques grands champs aujourd’hui presque vides tente de se réinventer en plateforme régionale de traitement. L’idée est bonne. Elle demande du gaz à traiter.
Alioune Ndiaye
Source : Le Brief, « Guinée équatoriale : Chevron prépare de nouveaux forages pétroliers et gaziers dès 2027 », 29 septembre 2026.
Sources complémentaires : Chevron, GEPetrol, ministère équato-guinéen des Mines et des Hydrocarbures, Chambre africaine de l’énergie, Offshore Technology, OilPrice, Energy Pedia. Texte : Africa7 Média.



