Guinée-Bissau : la junte avait déclaré toutes les conditions réunies en janvier, elle dit l’inverse en octobre

Les élections présidentielle et législatives du 6 décembre ne pourront pas se tenir à cette date. Le Premier ministre de la transition, Ilídio Vieira Té, et la Commission nationale des élections l'ont déclaré le 8 octobre, à l'issue d'audiences avec le président de la transition, le général Horta N'Tam. Les deux institutions lui ont renvoyé la décision du maintien ou du report.

Les élections présidentielle et législatives du 6 décembre ne pourront pas se tenir à cette date. Le Premier ministre de la transition, Ilídio Vieira Té, et la Commission nationale des élections l’ont déclaré le 8 octobre, à l’issue d’audiences avec le président de la transition, le général Horta N’Tam. Les deux institutions lui ont renvoyé la décision du maintien ou du report.

Les motifs avancés sont administratifs. Le délai de dépôt des candidatures auprès de la Cour suprême est expiré depuis le 6 octobre. Plusieurs partis ont des instances dirigeantes dont le mandat est échu, faute de congrès de renouvellement, ce qui les empêche de présenter valablement des candidats. La commission électorale ajoute que le calendrier des opérations à accomplir quatre-vingt-dix jours avant le scrutin est déjà dépassé.

Les mêmes autorités disaient le contraire il y a neuf mois

Le 21 janvier 2026, un décret lu à la télévision nationale par le porte-parole de la présidence fixait le scrutin au 6 décembre en affirmant que toutes les conditions d’élections libres, justes et transparentes étaient réunies. Cette annonce suivait de quelques jours une mission de la CEDEAO à Bissau conduite par le président sierra-léonais Julius Maada Bio, alors président en exercice, accompagné de Bassirou Diomaye Faye.

Les échéances aujourd’hui invoquées étaient connues de ceux qui les invoquent. Un délai de dépôt de candidatures et un calendrier de quatre-vingt-dix jours se comptent à l’avance. Quant aux congrès que les partis n’ont pas tenus, ils ne pouvaient pas l’être dans un pays où les libertés politiques ont été restreintes depuis le coup d’État, ce que l’Union africaine a dénoncé en appelant les responsables militaires à s’abstenir de toute ingérence dans les affaires politiques.

La charte de transition adoptée en décembre 2025 fixait une durée d’un an et interdit au général Horta N’Tam de se porter candidat. Ce délai expire à la fin novembre, soit avant la date du scrutin désormais écartée. Aucune nouvelle date n’a été annoncée.

Une élection dont les résultats n’ont jamais été publiés

Il faut rappeler d’où vient cette transition. Le coup d’État du 26 novembre 2025 est intervenu à la veille de la proclamation des résultats du scrutin du 23 novembre. La commission électorale a annoncé le 2 décembre qu’elle ne les publierait pas. Ilídio Vieira Té a été nommé Premier ministre le 28 novembre. Un référendum constitutionnel organisé le 30 août 2026 a été approuvé à 70 % et boycotté par le PAIGC.

Depuis, les autorités de transition ont interdit le retour d’Umaro Sissoco Embaló, désarmé ses fidèles dans l’armée et démis deux ministres qui lui étaient associés. L’ancien président avait annoncé sa candidature depuis le Maroc le 28 septembre.

Le débat sur la place de l’armée dans la vie politique occupe parallèlement la classe politique bissau-guinéenne. Dans une tribune publiée le 8 octobre par news-afrique, Idriça Djalo conteste une proposition qu’il attribue à Muniro Conté, porte-parole du PAIGC, d’établir une alliance de circonstance avec les forces armées pour protéger les résultats des urnes. Il soutient que les militaires n’ont pas à devenir les partenaires politiques des partis et que leur obligation de respecter le verdict électoral est constitutionnelle, pas négociable. Il invite aussi les formations politiques à examiner leur propre responsabilité historique dans la confusion entre pouvoir civil et commandement militaire.

Ce débat trouve sa réponse immédiate dans l’actualité du jour. La décision de reporter ou non le scrutin appartient au chef de la junte, qui ne peut pas s’y présenter.

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