Afrique : Dangote achète un quart du réseau d’oléoducs kényan et réclame la protection des industries africaines

Aliko Dangote a annoncé le mercredi 21 octobre 2026, au Financial Times Africa Summit de Londres, l'acquisition d'une participation de 25 % dans Kenya Pipeline Company pour environ 327 millions de dollars. Il a présenté ce rachat comme le premier maillon d'un réseau panafricain de distribution de produits pétroliers.

Aliko Dangote a annoncé le mercredi 21 octobre 2026, au Financial Times Africa Summit de Londres, l’acquisition d’une participation de 25 % dans Kenya Pipeline Company pour environ 327 millions de dollars. Il a présenté ce rachat comme le premier maillon d’un réseau panafricain de distribution de produits pétroliers.

Interrogé par David Pilling, rédacteur en chef Afrique du Financial Times, le président de Dangote Industries Limited a détaillé un dispositif reposant sur des dépôts, des oléoducs et des corridors d’approvisionnement. « Nous sommes très agressifs là-dessus », a-t-il répondu. Outre le Kenya, il a cité des projets reliant Djibouti et l’Éthiopie, ainsi que des investissements au Cameroun et en Namibie.

La géographie commande cette stratégie plus que la politique. Dangote a justifié le choix namibien par la distance maritime depuis sa raffinerie de Lagos : « De notre raffinerie à la Namibie, c’est à peine quatre jours de navigation. » Pour l’Afrique de l’Est, il a invoqué l’activité industrielle et minière de la région, la croissance de ses besoins énergétiques et ses difficultés persistantes d’accès au gazole.

Le groupe a budgété environ 50 milliards de dollars d’investissements entre 2026 et 2030. Le réseau kényan pourrait à terme distribuer les produits d’une raffinerie de 16 milliards de dollars que Dangote projette de construire à Lamu, le raccordement entre cette future installation et les oléoducs existants restant à réaliser.

L’industriel a doublé cette annonce d’un appel politique adressé aux gouvernements africains. « Laisser les importations évincer la production locale revient à exporter nos emplois hors du continent et à importer la pauvreté sur le continent », a-t-il déclaré, en citant les mesures de protection industrielle adoptées par les États-Unis et dans l’automobile mondiale pour soutenir que cet instrument n’a rien de propre aux économies en développement.

L’assise de cette ambition est la raffinerie de Lekki, dans la zone franche près de Lagos, installée sur 2 635 hectares, inaugurée en mai 2023 et entrée en production de raffinage en février 2024, pour un coût de construction estimé à vingt milliards de dollars. Sa capacité cible est de 650 000 barils par jour, chiffre repris par Afreximbank en mars 2026, une reprise du 22 octobre avançant pour sa part environ 700 000 barils.

Le financement de l’ensemble repose largement sur une institution panafricaine. Le 31 mars 2026 au Caire, Afreximbank a annoncé sa participation à hauteur de 2,5 milliards de dollars dans un prêt syndiqué senior de 4 milliards destiné à Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals. Depuis 2015, la banque indique avoir injecté près de quinze milliards de dollars dans le groupe.

Une contrainte éprouvée pèse sur ce schéma, et elle concerne l’amont. La raffinerie a connu des difficultés d’approvisionnement en brut, la compagnie nationale nigériane n’ayant pas tenu ses engagements de livraison, ce qui avait conduit le groupe à se fournir aux États-Unis et au Brésil avant d’engager des discussions avec la Libye. Un réseau de distribution continental suppose une alimentation régulière à sa source.

« Le voyage a commencé », a conclu Aliko Dangote à Londres.


Alioune Ndiaye

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