Vingt-trois planches de skate italiennes vont rejoindre les skateurs de Dakar : la diplomatie culturelle par la rue
Le 8 octobre à 18 heures, vingt-trois planches de skateboard peintes par des artistes italiens quitteront les cimaises de l'Institut culturel italien de Dakar. Dix d'entre elles partiront sous le bras de skateurs sénégalais, lauréats d'un concours ouvert à la communauté du skate de la capitale
Le 8 octobre à 18 heures, vingt-trois planches de skateboard peintes par des artistes italiens quitteront les cimaises de l’Institut culturel italien de Dakar. Dix d’entre elles partiront sous le bras de skateurs sénégalais, lauréats d’un concours ouvert à la communauté du skate de la capitale. C’est la clôture de « Connexions Urbaines », et c’est une définition assez juste de ce que peut être la diplomatie culturelle : une œuvre qui sort du musée pour aller rouler dans la rue.
Cinq mois d’exposition, du Festigraff à la clôture
L’exposition avait été inaugurée le 10 mai 2026, dans le cadre de deux rendez-vous majeurs de la scène dakaroise : le Festigraff, dont la seizième édition s’est tenue du 1er au 10 mai à la Maison de la culture Douta Seck sous la conduite du Doxandem Squad, et la Saison Sèche de Partcours, consacrée à l’art contemporain urbain.
Le projet est porté par l’Institut culturel italien de Dakar, sous le commissariat de Bonobolabo, organisation italienne connue pour son travail entre art, design et nouvelles technologies. Les vingt-trois planches présentées sont le fruit de treize années de collaborations avec des artistes italiens contemporains : 2501, Ale Giorgini, Camilla Falsini, CIBO, Elisa Menini, Ericailcane, ERON, Fausto Gilberti, Filippo Beretta, Francesca Colombara, Millo, OZMO, PAO, Pixel Pancho, Riccardo Guasco, Scribbling Scribbles, Stefano Epis, Tommaso Buldini, Veronica Menestrina et Zed1.
Le skateboard y devient un support de peinture. La réalité augmentée y ajoute une couche : chaque planche, scannée au téléphone ou sur tablette, déclenche une animation numérique. Une manière de parler aux quinze-vingt-cinq ans dans leur langue, sans passer par le discours. Parallèlement, l’artiste italien M Fulcro a réalisé une intervention murale spécifique dans la ville.
« Le Style Avant Tout » : les œuvres reviennent aux skateurs
La soirée du 8 octobre sera consacrée à la remise des prix du concours « Le Style Avant Tout », organisé par l’Institut et Bonobolabo et réservé aux skateurs sénégalais. Les dix lauréats repartiront chacun avec l’une des planches exposées.
Le geste mérite d’être souligné, parce qu’il est rare. La coopération culturelle se solde d’ordinaire par le retour des œuvres dans le pays d’origine, une fois les caisses refermées. Ici, l’exposition se dissout dans la communauté qui l’a accueillie. Les planches ne finiront pas dans une réserve : elles finiront sur un béton, à la Place des cultures urbaines ou sur la corniche.
Un calendrier qui n’a rien d’un hasard
La clôture intervient trois semaines avant l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, du 31 octobre au 13 novembre, à Dakar, Diamniadio et Saly, sous le thème « L’Afrique accueille, Dakar célèbre » — la première édition organisée sur le continent africain.
Le skateboard y figure parmi les disciplines. Entré au programme olympique à Tokyo en 2020, il est devenu la vitrine sportive des cultures urbaines. Au Sénégal, la Fédération de roller-skateboard a organisé des stages de préparation pour les jeunes sélectionnés, à la Place des cultures urbaines de Dakar. Une exposition italienne consacrée au skate, close trois semaines avant ces Jeux, dans une ville qui s’y prépare depuis deux ans : le calendrier est une déclaration en soi.
Ce que fait, concrètement, un institut culturel
Installé au 14 avenue Brière de l’Isle, sur le Plateau, l’Institut culturel italien de Dakar appartient au réseau mondial des Istituti Italiani di Cultura, placé sous l’autorité du ministère italien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Ces instituts remplissent trois missions : enseigner la langue, financer la mobilité des étudiants, et faire circuler les artistes.
À Dakar, cela se traduit très concrètement. Les inscriptions à la nouvelle session de cours d’italien sont ouvertes. L’Institut diffuse des bourses d’études, notamment pour une licence en langue et culture italiennes et pour l’Accademia d’Arti e Mestieri. Et il organise des expositions comme celle-ci, gratuites, ouvertes à tous.
Le mois d’octobre sera par ailleurs celui de la Semaine de la langue italienne dans le monde, dont la vingt-sixième édition se tiendra du 19 au 25 octobre, sous le thème « Lingua geniale : imaginer, concevoir, créer en italien ». Créée en 2001, portée par tout le réseau diplomatique et culturel italien, elle est placée chaque année sous le haut patronage de la présidence de la République italienne.
Une relation qui n’est pas seulement institutionnelle
Ces programmes s’adressent à un public qui a des raisons personnelles d’apprendre l’italien. Au 31 décembre 2024, 103 818 Sénégalais résidaient régulièrement en Italie, quatorzième communauté non communautaire du pays, un effectif plus que doublé depuis 2005. Derrière un cours de langue à Dakar, il y a souvent un frère à Bergame, une sœur à Brescia, un projet d’études à Milan.
C’est ce qui donne à la coopération culturelle italo-sénégalaise sa consistance : elle ne repose pas seulement sur des accords entre chancelleries, mais sur une circulation humaine déjà installée, dans les deux sens. Une exposition de skateboards peints n’est pas une opération de prestige. C’est un point de contact de plus entre deux scènes urbaines qui se ressemblent davantage qu’on ne le croit — le graffiti de Dakar et le street art italien partagent les mêmes références, les mêmes murs, souvent les mêmes artistes invités.
Y aller
L’exposition reste visible jusqu’à la soirée de clôture, avec ses animations en réalité augmentée. La cérémonie se tient le jeudi 8 octobre 2026 à 18 heures, à l’Institut culturel italien de Dakar, 14 avenue Brière de l’Isle, Plateau. Entrée gratuite. Renseignements au +221 33 867 75 14 ou à iicdakar@esteri.it.
Alioune Ndiaye



