Dette du Gabon : l’audit officiel arrête le stock à 9 524 milliards, soit 744 de plus que les chiffres publiés
Le gouvernement gabonais a rendu publiques les conclusions de l’audit de la dette et des passifs exigibles de l’État au 31 décembre 2025. Le stock consolidé de référence est arrêté à 9 524,643 milliards de FCFA, soit 68,91 % du produit intérieur brut. Présenté comme un acte de transparence, ce chiffre dépasse de 744 milliards l’encours officiel publié cet été par la Direction générale de la dette.
Ce que le comité a établi
Les travaux ont été lancés le 17 juin 2026, dans le cadre d’un comité institué par l’arrêté n°077/MEFDPLVC du 27 avril 2026. Ils ont été conduits selon le Manuel de statistiques de finances publiques 2014 et le Guide des statistiques de la dette du secteur public du Fonds monétaire international, avec pour objectif d’établir une situation consolidée des engagements financiers de l’État.
Au démarrage, le registre des créances recensées approchait 11 700 milliards de FCFA. Le comité a ramené ce total à 9 524,643 milliards, soit 2 175 milliards de créances écartées. Rapporté à un produit intérieur brut nominal 2025 estimé à 13 822 milliards de FCFA, issu de l’arrimage aux résultats du rebasage de 2022, ce stock correspond à un ratio que le comité qualifie lui-même d’indicatif : 68,91 %, juste sous le plafond communautaire de 70 % fixé par la CEMAC.
Une baisse en trompe-l’œil
La comparaison avec les 11 700 milliards de départ donne l’image d’une dette révisée à la baisse. Elle n’a pourtant pas de valeur statistique : ce total correspondait à des créances déclarées, avant vérification et avant tri. Le point de comparaison pertinent est l’encours officiel de la dette publique, publié par la Direction générale de la dette pour la même date : 8 780,337 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, en hausse de 23 % sur un an.
L’audit ajoute donc 744,306 milliards de FCFA à l’encours que l’État publiait lui-même il y a deux mois. Rapporté au même produit intérieur brut, le chiffre de la Direction générale de la dette donnait un ratio de 63,52 %. Celui de l’audit le porte à 68,91 %. La clarification resserre l’écart avec le plafond communautaire, elle ne l’élargit pas.
Le détail de cette consolidation reste indisponible. Ni la ventilation du stock entre dette extérieure, dette intérieure et passifs exigibles, ni la nature des créances écartées, ni l’identité des créanciers concernés n’ont été rendues publiques à ce stade.
Un ratio suspendu à son dénominateur
Le pourcentage annoncé dépend autant du produit intérieur brut retenu que du stock de dette. Or celui-ci n’est qu’une première estimation, issue d’un rebasage qui relève par construction le niveau de la richesse mesurée et abaisse donc mécaniquement tous les ratios d’endettement. Toute révision ultérieure du PIB déplacera le ratio, sans qu’un seul franc de dette ait bougé.
L’écart avec les autres évaluations disponibles est considérable. Les projections des services du Fonds monétaire international, arrêtées au 2 avril 2026, situaient la dette publique gabonaise à 78,9 % du produit intérieur brut pour 2025 et à 86,1 % pour 2026. Ces séries ne reposent pas sur la même base de PIB ni sur le même périmètre d’engagements, mais l’écart de dix à dix-sept points appelle une explication que le communiqué gouvernemental ne fournit pas.
Un document attendu par le Fonds monétaire international
Les résultats ont été transmis au Fonds monétaire international. Ils n’y arrivent pas par courtoisie : les discussions entre Libreville et l’institution sont suspendues depuis le printemps, les autorités gabonaises ayant choisi d’attendre cet audit avant de poursuivre. Un porte-parole du Fonds avait confirmé à l’agence Reuters que cette étape était jugée déterminante pour établir le niveau et la composition exacts des engagements de l’État, préalable à tout nouveau programme.
Les conclusions étaient annoncées pour la mi-juillet 2026. Elles paraissent deux mois plus tard. Entre-temps, la pression s’est accentuée : les arriérés de paiement de l’État atteignaient 459,5 milliards de FCFA à fin 2025, en hausse de 193 milliards sur un an, et le Gabon concentre désormais près du tiers des montants levés par les États sur le marché régional de la BEAC, une concentration que le Fonds a signalée comme un facteur de vulnérabilité pour les banques de la zone.
Une feuille de route à honorer
Le rapport doit désormais servir de base aux discussions avec l’ensemble des bailleurs et partenaires techniques et financiers. Il doit également guider l’apurement progressif des passifs exigibles, la conduite d’une politique d’endettement soutenable et la mise en place de mécanismes destinés à empêcher la reconstitution d’arriérés.
Le ministère des Finances a accompagné cette publication d’un engagement en faveur de la transparence des comptes publics et de « la sincérité de l’information financière ». La portée de cet engagement se mesurera à la publication du détail : celui de la ventilation du stock consolidé, et celui des créances écartées au cours de l’audit.



