Afrique de l’Ouest : les arrivées en Europe reculent de près de 60 %, les morts aux Canaries de 4 %

Les arrivées par mer en Europe de ressortissants du Mali, du Sénégal, de Guinée et de Gambie ont reculé de près de 60 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025, avec 4 566 personnes enregistrées. L'Organisation internationale pour les migrations, qui publie ces données le 14 octobre, avertit que ce recul masque un déplacement des routes vers le sud et un allongement des traversées.

Les arrivées par mer en Europe de ressortissants du Mali, du Sénégal, de Guinée et de Gambie ont reculé de près de 60 % au premier semestre 2026 par rapport à la même période de 2025, avec 4 566 personnes enregistrées. L’Organisation internationale pour les migrations, qui publie ces données le 14 octobre, avertit que ce recul masque un déplacement des routes vers le sud et un allongement des traversées.

La route atlantique ouest-africaine reste de loin la principale voie d’accès pour ces quatre nationalités, avec 83 % des arrivées enregistrées entre janvier et juin. Mais leur part progresse ailleurs. Les ressortissants ouest-africains représentent désormais 21,9 % des arrivées en Méditerranée occidentale, contre 15,6 % un an plus tôt, et 10,5 % en Méditerranée centrale, contre 8,6 % en 2025.

Le chiffre le plus instructif du document concerne pourtant les Canaries, et il porte sur une autre période. Entre 2024 et 2025, les arrivées sur cette route ont chuté de 62 % après le pic de 2024. Le nombre de morts et de disparus recensés n’a reculé, lui, que de 4 %, passant de 1 215 à 1 172. Deux fois moins de personnes arrivent, presque autant meurent. L’OIM en tire une conclusion sans ambiguïté : la route est devenue beaucoup plus dangereuse.

L’explication tient à la géographie des départs. Le renforcement des contrôles au Maroc, en Mauritanie et au Sénégal pousse les embarcations à partir de Gambie, de Guinée et de Guinée-Bissau. Ces itinéraires ajoutent jusqu’à 750 kilomètres, portant certaines traversées à environ 2 200 kilomètres. Les migrants passent plus de temps en mer, longent des côtes isolées et moins surveillées, et s’exposent davantage aux naufrages, à la déshydratation et aux disparitions.

L’organisation précise un point que les communications officielles omettent souvent. Une baisse des arrivées ne mesure pas une baisse des départs. Les données d’interception et de décès en mer montrent que les tentatives se poursuivent, même lorsque moins de personnes atteignent leur destination. Le chiffre des arrivées compte les vivants qui débarquent, rien de plus.

La directrice générale de l’OIM, Amy Pope, rappelle que les pressions migratoires ne disparaissent pas lorsque les arrivées diminuent quelque part, mais se déplacent vers d’autres itinéraires, ce qui impose d’examiner le parcours entier, du lieu de départ au lieu d’arrivée. Elle ajoute qu’« aucun pays ne peut résoudre ce problème à lui seul » et appelle à protéger les migrants, à créer des perspectives pour les jeunes et à développer des voies de migration sûres, ordonnées et régulières.

Une précision s’impose sur le périmètre de ces données. Les 4 566 personnes recensées concernent quatre nationalités seulement et ne constituent pas le total des arrivées ouest-africaines en Europe. Pour le Sénégal, qui figure à la fois parmi les pays de départ et parmi les États dont les contrôles ont été renforcés, l’enseignement est direct : les mesures prises sur ses côtes déplacent les départs vers celles de ses voisins, et la mesure de leur efficacité ne peut pas se lire dans le seul décompte des arrivées en Espagne.


Alioune Ndiaye

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