ONU : les Émirats brisent le consensus latino-américain et placent une femme dans la course

Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane a adressé le mercredi 21 octobre aux présidents de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité une lettre portant la candidature de Lana Zaki Nusseibeh au poste de secrétaire général des Nations unies. Aucun État du Conseil de coopération du Golfe n'avait jamais présenté de candidat à cette fonction.

Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyane a adressé le mercredi 21 octobre aux présidents de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité une lettre portant la candidature de Lana Zaki Nusseibeh au poste de secrétaire général des Nations unies. Aucun État du Conseil de coopération du Golfe n’avait jamais présenté de candidat à cette fonction.

Ministre d’État depuis le 9 septembre 2025, Lana Nusseibeh a été la représentante permanente des Émirats arabes unis auprès des Nations unies de septembre 2013 à avril 2024, première femme nommée à ce poste par son pays. Elle y a coprésidé, entre 2017 et 2019, les négociations intergouvernementales sur la réforme du Conseil de sécurité. La même année 2017, elle présidait le Conseil d’administration d’ONU Femmes et occupait une vice-présidence de l’Assemblée générale. Une désignation ferait d’elle la première femme à diriger l’Organisation en quatre-vingt-un ans, et le deuxième ressortissant d’un pays arabe à ce poste après l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali.

Elle entre dans une compétition que le Conseil de sécurité n’a pas su trancher. Le scrutin indicatif du 16 octobre, premier à distinguer par un code couleur les votes des membres permanents, a placé en tête la Costaricienne Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, avec neuf voix d’encouragement. L’Argentin Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett en ont recueilli huit chacun. Les trois ont reçu chacun deux voix de découragement émanant d’États disposant du droit de veto.

Cinq jours avant le dépôt émirati, le 17 octobre, Macky Sall a retiré sa candidature. L’ancien président sénégalais a motivé sa décision par la lecture des scrutins successifs, qui marquaient selon lui une préférence pour un candidat issu d’Amérique latine et des Caraïbes, et possiblement pour une femme.

La candidature émiratie valide la seconde lecture et conteste la première. Elle introduit une prétendante moyen-orientale dans une course où les postulants latino-américains ont jusqu’ici rassemblé le plus de soutiens, tout en maintenant ouverte l’hypothèse d’une femme à la tête de l’Organisation.

Sa nationalité place aussi sa candidature au contact d’un dossier contentieux. Abou Dhabi fait l’objet d’accusations de soutien aux Forces de soutien rapide dans la guerre au Soudan, accusations que les autorités émiraties rejettent.

Le dépôt d’une candidature ne vaut pas désignation. En vertu de la Charte, l’Assemblée générale nomme le secrétaire général sur recommandation du Conseil de sécurité. Le Conseil n’a recommandé personne, et les scrutins indicatifs mesurent les soutiens et les oppositions sans valeur décisoire.

Le mandat d’António Guterres s’achève le 31 décembre 2026. La date du prochain scrutin indicatif diffère selon les sources, annoncée au 23 octobre par les unes, présentée par les autres comme encore en négociation entre les membres du Conseil.


Alioune Ndiaye

PARTAGER