Maroc : une femme à la tête du gouvernement, dans un scrutin que six électeurs sur dix ont boudé

Le roi Mohammed VI a reçu mardi 29 septembre au Palais royal de Rabat Fatima Ezzahra El Mansouri et l'a nommée cheffe du gouvernement, en la chargeant de former le nouvel exécutif. Pour la première fois de son histoire, le Maroc confie la direction de son gouvernement à une femme.

Le roi Mohammed VI a reçu mardi 29 septembre au Palais royal de Rabat Fatima Ezzahra El Mansouri et l’a nommée cheffe du gouvernement, en la chargeant de former le nouvel exécutif. Pour la première fois de son histoire, le Maroc confie la direction de son gouvernement à une femme. La nouveauté est réelle, et elle intervient au terme d’un scrutin auquel six électeurs sur dix ne sont pas allés.

La nomination a été annoncée par le ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie, en vertu de l’article 47 de la Constitution, qui impose au souverain de choisir le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections. Elle intervient six jours après les législatives du 23 septembre, remportées par le Parti authenticité et modernité avec 97 sièges sur 395.

Il faut préciser ce que cette nomination signifie exactement, car le vocabulaire importe. Depuis la révision constitutionnelle de 2011, le titre est celui de chef du gouvernement et non de Premier ministre. Et Fatima Ezzahra El Mansouri n’est pas encore à la tête d’un exécutif : elle est chargée d’en former un. Il lui faut désormais bâtir une coalition, puisque son parti dispose de 97 sièges quand la majorité absolue en exige 198, puis présenter son programme devant les deux Chambres du Parlement.

Son parcours explique le choix. Née à Marrakech le 3 janvier 1976, avocate de formation, elle a été élue maire de Marrakech, a exercé trois mandats de députée dans la circonscription de Médina Sidi Youssef et occupe depuis 2021 le ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville dans le gouvernement sortant. Depuis février 2024, elle coordonne la direction collégiale du PAM aux côtés de Mohamed Mehdi Bensaïd et Fatima Saadi. D’autres noms circulaient au sein du parti, dont celui de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football et ministre délégué au Budget, rallié au PAM peu avant le scrutin.

Une victoire aux allures d’avertissement

Les résultats définitifs proclamés le 26 septembre par le ministère de l’Intérieur dessinent un paysage moins triomphal qu’il n’y paraît. Le PAM gagne dix sièges, passant de 87 à 97. Mais ses deux partenaires de la coalition sortante s’effondrent : le Rassemblement national des indépendants chute de 102 à 66 sièges, l’Istiqlal de 81 à 65. Ensemble, les trois partis conservent 228 sièges, de quoi gouverner, au prix d’une négociation entre alliés qui se sont durement affrontés pendant la campagne.

Le mouvement le plus spectaculaire vient d’ailleurs. Le Parti de la justice et du développement, qui avait dirigé le gouvernement pendant une décennie avant de s’effondrer de 125 à 13 sièges en 2021, en remporte 54 et redevient la quatrième force du pays. Il avait notamment fait campagne sur la lutte contre la corruption. Un parti que l’on disait fini quadruple sa représentation en un seul scrutin.

Reste le chiffre qui surplombe tous les autres. La participation s’est établie à 38,08 %, contre 50,35 % en 2021, soit plus de douze points perdus et le niveau le plus faible depuis près de vingt ans. Une majorité de 97 sièges obtenue dans ces conditions repose sur une part réduite du corps électoral. C’est la première difficulté que rencontrera le futur gouvernement, et elle ne se résout pas par une addition parlementaire.

Ce que le symbole devra affronter

La portée de cette nomination pour les femmes marocaines mérite d’être examinée sans complaisance, parce que c’est ainsi qu’elle prendra de la valeur.

Le système électoral marocain réserve 90 des 395 sièges à des listes régionales destinées aux femmes et aux jeunes candidats, et impose qu’au moins un tiers des places de liste revienne à des femmes. Ce mécanisme a produit 2 658 candidatures féminines lors de ce scrutin, soit 36,47 % du total. Mais sur 1 615 têtes de liste dans les circonscriptions locales, celles où se gagnent les vrais sièges, 121 seulement étaient des femmes. L’écart entre ces deux chiffres décrit exactement la limite du dispositif : la représentation est garantie par un quota, elle n’est pas conquise sur le terrain ordinaire de la compétition.

Un dossier attend par ailleurs la nouvelle cheffe du gouvernement, et il concerne directement les droits des femmes. La réforme du code de la famille, la Moudawana, est en discussion depuis des années. Lors de la campagne, l’association Kif Mama Kif Baba, animée par l’avocate Ghizlane Mamouni, avait relevé que quatre partis totalisant 304 sièges sur 395 dans la législature sortante, dont le PAM lui-même, étaient restés silencieux sur cette réforme dans leurs programmes, et que seules la Fédération de la gauche démocratique avec le Parti socialiste unifié et le Parti du progrès et du socialisme s’étaient prononcées pour l’abolition du mariage des mineures.

Voilà donc le vrai test. Le Maroc a une femme à la tête de son gouvernement, issue d’un parti qui n’a pas inscrit la réforme du code de la famille dans ses engagements de campagne. Ce que la déclaration de politique générale dira sur la Moudawana, sur l’âge légal du mariage et sur les dérogations judiciaires qui permettent encore de marier des mineures aura plus de portée que la photographie du 29 septembre.

Pour le reste du continent, cette nomination place le Maroc dans un club encore restreint. Peu de pays africains ont confié la direction de leur gouvernement à une femme, et le fait mérite d’être noté sans en surestimer la portée mécanique. Une nomination ouvre une possibilité. Ce sont les textes votés et les budgets exécutés qui la transforment en changement.


Alioune Ndiaye

Source : communiqué du ministère de la Maison royale, du Protocole et de la Chancellerie, 29 septembre 2026.

Sources complémentaires : ministère marocain de l’Intérieur (résultats définitifs du 26 septembre 2026), Maroc Hebdo, Le Desk, Jeune Afrique, franceinfo, association Kif Mama Kif Baba. Texte : Africa7 Média.

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