Burkina Faso : une raffinerie d’or qui dépasse la production nationale, et une accréditation encore à décrocher

Le Burkina Faso a inauguré lundi 28 septembre sa première raffinerie nationale d'or. Construite pour plus de onze milliards de francs CFA à Ouaga 2000, RAFFINOR-BF affiche une capacité annoncée de 164 tonnes par an, alors que le pays a produit un peu plus de 94 tonnes en 2025. L'usine est donc dimensionnée bien au delà de ce que le territoire extrait.

Le Burkina Faso a inauguré lundi 28 septembre sa première raffinerie nationale d’or. Construite pour plus de onze milliards de francs CFA à Ouaga 2000, RAFFINOR-BF affiche une capacité annoncée de 164 tonnes par an, alors que le pays a produit un peu plus de 94 tonnes en 2025. L’usine est donc dimensionnée bien au delà de ce que le territoire extrait.

Le président Ibrahim Traoré, qui avait posé la première pierre le 23 novembre 2023, a inauguré l’installation trente-quatre mois plus tard. Le complexe s’étend sur cinq hectares et comprend une fonderie, un laboratoire d’analyse, une zone de stockage sécurisée et une unité de bijouterie. Le siège de la Société nationale des substances précieuses y est également installé. L’investissement, supérieur à onze milliards de francs CFA, a été financé en grande partie par l’État.

Le chef de l’État a résumé l’intention en une phrase lors de la cérémonie : « Nous voulons affiner tous nos métaux sur place ». Jusqu’ici, l’or extrait au Burkina Faso partait à l’étranger pour y être affiné, et la valeur ajoutée de cette opération se créait hors du pays.

Sur les capacités, les chiffres communiqués demandent une lecture attentive. Le ministère des Mines annonce 400 kilogrammes par jour, ce qui représente environ 146 tonnes sur une année pleine, tandis que la capacité de première phase est présentée à 164 tonnes, parfois dans une fourchette allant jusqu’à 167. Les deux données ne se recoupent pas exactement. Une seconde phase doit porter l’ensemble à 515 tonnes par an. Ces volumes sont des capacités installées, pas des tonnages déjà traités.

Une usine plus grande que la production du pays

Le rapport entre la capacité et la production nationale est le fait le plus parlant de ce dossier. Avec 94 tonnes produites en 2025 et une capacité de première phase proche de 164 tonnes, l’usine pourrait traiter près du double de ce que le Burkina Faso extrait. À 515 tonnes, elle viserait plus de cinq fois la production nationale.

Ce dimensionnement n’est pas une erreur de calcul, c’est une stratégie. Ouagadougou vise l’or de la sous-région, et la carte le rend cohérent : le Mali et le Niger, membres avec le Burkina Faso de l’Alliance des États du Sahel, comptent parmi les producteurs importants du continent, et leurs métaux partent eux aussi s’affiner ailleurs. Une raffinerie régionale située dans l’un des trois pays donnerait à l’ensemble un outil commun.

Pour que ce scénario se réalise, il faut toutefois que des producteurs étrangers acceptent d’envoyer leur or à Ouagadougou plutôt qu’à Dubaï, en Suisse ou en Afrique du Sud. Cette décision dépend de trois facteurs mesurables : le coût du traitement, la sécurité des convois sur des routes exposées, et la valeur que les acheteurs finaux accordent aux lingots qui sortiront de l’usine. Les deux premiers relèvent de la gestion. Le troisième relève d’une accréditation.

La pureté ne suffit pas, l’accréditation décide

Les responsables annoncent une pureté pouvant atteindre 99,99 %, soit vingt-quatre carats. C’est la norme du métal d’investissement. Elle ne donne pourtant pas accès, à elle seule, aux grands marchés.

Les banques centrales, les fonds indiciels adossés à l’or et les principaux négociants n’achètent que des lingots issus de raffineries figurant sur la liste Good Delivery de la London Bullion Market Association. Cette accréditation ne se décrète pas. Elle suppose un historique d’activité, des volumes minimaux, des audits financiers et surtout des procédures vérifiées d’origine du métal, destinées à écarter l’or issu de zones de conflit ou du blanchiment. Le processus prend des années.

Sans cette reconnaissance, une raffinerie vend à un cercle d’acheteurs plus étroit et à des conditions moins favorables. Voilà le vrai test industriel de RAFFINOR-BF, et il ne se jouera ni à l’inauguration ni sur la qualité des équipements, mais dans la capacité de l’entreprise à documenter la provenance de chaque lot qu’elle traitera.

Cette exigence de traçabilité rencontre d’ailleurs une difficulté propre au Burkina Faso. Une partie substantielle de la production nationale provient de l’exploitation artisanale, dispersée sur des centaines de sites, souvent dans des régions où l’État n’exerce pas un contrôle complet. Faire entrer cet or dans un circuit documenté représente un chantier de gouvernance autant qu’une opération industrielle, et la raffinerie peut y contribuer sans le résoudre à elle seule.

Restent les emplois et les recettes. Le ministère de l’Énergie, des Mines et des Carrières annonce cent emplois directs et plus de cinq mille indirects. Ces projections devront être confrontées aux effectifs réellement recrutés. Quant aux recettes, affiner de l’or ne modifie pas mécaniquement la fiscalité de l’extraction : les gains supplémentaires dépendront des marges dégagées sur l’affinage, de la structure de propriété de l’entreprise et des conditions de vente des lingots. La publication régulière des tonnages traités et des résultats financiers dira, dans deux ou trois ans, ce que cette usine aura réellement rapporté au pays.


Alioune Ndiaye

Source : Jeune Afrique, « Souverainisme minier : le Burkina Faso inaugure sa première raffinerie d’or », 29 septembre 2026.

Sources complémentaires : ministère burkinabè de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Société nationale des substances précieuses, Ouestaf, Journal du Faso, Sidwaya, London Bullion Market Association. Texte : Africa7 Média.

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