Mozambique : le Brésil revient sur les côtes africaines, huit blocs en Côte d’Ivoire et un pied à Maputo

Le 22 septembre à Rio de Janeiro, Petrobras et la compagnie nationale mozambicaine des hydrocarbures ont signé un protocole d’accord de deux ans. Le texte ne désigne aucun bloc, ne fixe aucun investissement et n’engage à rien. Cinq jours plus tôt, à Abidjan, le même groupe brésilien signait des contrats de partage de production sur huit blocs offshore. C’est en rapprochant ces deux dates qu’on comprend ce qui se joue.

La signature mozambicaine a eu lieu pendant la visite d’État du président Daniel Chapo au Brésil, en marge de la conférence énergétique ROG.e, en présence du ministre des Ressources minérales et de l’Énergie, Estevão Pale. Sylvia Anjos, directrice Exploration et Production de Petrobras, et Jonilton Pessoa, directeur exécutif de l’exploration, ont signé pour le groupe brésilien. Rudêncio Morais, président du conseil d’administration de l’Empresa Nacional de Hidrocarbonetos, et l’administratrice Alegria Cossa ont signé pour la partie mozambicaine.

Le contenu du document tient en quelques lignes : études conjointes, évaluation de projets, développement et commercialisation, échange de compétences techniques, pour une durée de deux ans renouvelable. Un protocole d’accord de ce type crée un cadre de discussion, pas une obligation. Il ne nomme aucun bloc d’exploration, ne fixe aucun objectif de production et n’emporte aucun engagement financier. Il permet à deux compagnies de regarder ensemble ce qu’elles pourraient faire, et de ne rien faire si elles n’y trouvent pas leur compte.

La géologie explique la carte

L’intérêt du Brésil pour ces côtes n’a rien de fortuit, et il repose sur une raison que les géologues connaissent depuis longtemps. Avant l’ouverture de l’Atlantique, le nord-est brésilien et le golfe de Guinée formaient un seul bloc continental. Les bassins sédimentaires qui se sont formés de part et d’autre de la cassure présentent donc des structures comparables. Un pétrolier qui a appris à explorer la marge équatoriale brésilienne détient un savoir directement transposable sur la marge équatoriale africaine, de la Côte d’Ivoire au Ghana.

C’est ce qui donne son sens à la séquence des derniers mois. En février 2026, Petrobras s’est engagé à acquérir 42,5 % du bloc offshore 2613 en Namibie, aux côtés de TotalEnergies comme opérateur. Le groupe détient des intérêts d’exploration au large de l’Afrique du Sud et de Sao Tomé-et-Principe. Le 17 septembre, il signait à Abidjan des contrats de partage de production sur huit blocs ivoiriens, avec sa filiale néerlandaise comme opérateur. Depuis août, des négociations sont ouvertes au Ghana. Le protocole mozambicain complète cet ensemble par l’est du continent, où le bassin de Rovuma abrite d’importantes ressources gazières.

Il s’agit d’un retour plutôt que d’une découverte. Dans les années 2000, Petrobras opérait au Nigeria, en Tanzanie, en Angola, au Bénin, au Gabon et en Namibie, avant de céder ces positions pour se recentrer sur les gisements pré-salifères brésiliens. Vingt ans plus tard, le groupe revient avec une expérience des grandes profondeurs que peu de compagnies possèdent, et avec une trésorerie que ses gisements nationaux ont reconstituée.

Ce que les États africains peuvent en tirer

Pour les pays concernés, l’arrivée d’un acteur supplémentaire modifie un rapport de force. Un État qui négocie avec une seule compagnie n’a pas les mêmes marges qu’un État courtisé par plusieurs. La présence d’un opérateur brésilien aux côtés des majors européennes et américaines, des groupes chinois et des compagnies du Golfe élargit le champ des possibles, sur les taux de participation nationale comme sur les obligations de contenu local.

Le profil de Petrobras ajoute un élément. C’est une entreprise contrôlée par un État du Sud, qui a construit son savoir-faire en eaux profondes chez elle et qui a formé ses propres ingénieurs, ses propres sous-traitants et ses propres chantiers navals. Le transfert de compétences, souvent réduit à une clause de contrat, devient une question moins théorique quand l’interlocuteur a lui-même parcouru ce chemin il y a trente ans. Le protocole mozambicain mentionne d’ailleurs explicitement l’échange d’expertise technique.

La prudence reste toutefois de mise, et elle porte sur la distinction entre les deux documents signés en septembre. Les contrats ivoiriens engagent des travaux, des dépenses et des obligations. Le protocole mozambicain, lui, ouvre une conversation. Beaucoup de protocoles de ce genre expirent sans suite, et cela n’a rien d’anormal : c’est même leur fonction, permettre d’évaluer sans s’engager. Un lecteur averti ne les met pas sur le même plan.

Une observation intéresse enfin directement l’Afrique de l’Ouest atlantique. Le déploiement brésilien suit la marge équatoriale, de la Côte d’Ivoire au Ghana, et ne concerne pas à ce stade le bassin qui s’étend de la Mauritanie à la Guinée-Bissau, où le Sénégal exploite Sangomar et vient de confier l’évaluation de cinq blocs à l’italien Eni. Ce bassin relève d’une autre histoire géologique, celle de l’ouverture de l’Atlantique central, et il attire d’autres opérateurs. La carte des compagnies suit celle des roches, avant de suivre celle des chancelleries.


Alioune Ndiaye

Sources : Petrobras, Empresa Nacional de Hidrocarbonetos, Le Brief, World Oil, Hydrocarbon Engineering, Oil and Gas Middle East, Chambre africaine de l’énergie, Agência Brasil. Texte : Africa7 Média.

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