École italienne : ce que le décret Meloni change vraiment pour les familles africaines

Le Conseil des ministres italien a approuvé le jeudi 24 septembre un décret-loi qui touche à la fois à la tenue vestimentaire dans les établissements, à la composition des classes et à la maîtrise de l'italien par les parents.

Le Conseil des ministres italien a approuvé le jeudi 24 septembre un décret-loi qui touche à la fois à la tenue vestimentaire dans les établissements, à la composition des classes et à la maîtrise de l’italien par les parents. Pour les familles sénégalaises et africaines installées en Italie, trois dispositions comptent vraiment. Une quatrième, la plus commentée avant le Conseil, ne figure pas dans le texte adopté.

Ce que le décret interdit

Le texte interdit de participer aux activités scolaires le visage dissimulé. Il ne nomme aucune religion et vise les tenues ou accessoires qui empêchent l’identification d’une personne. L’interdiction couvre les activités pédagogiques, les activités extrascolaires et les rencontres entre l’école et les familles. Des exceptions sont prévues pour des nécessités sanitaires justifiées et pour les activités exigeant une protection particulière.

Giorgia Meloni a présenté la mesure comme l’interdiction de la burqa et du niqab dans les écoles. Une précision juridique s’impose, car elle change tout pour de nombreuses familles : le hijab, qui couvre les cheveux et laisse le visage visible, n’est pas concerné. Présenter cette réforme comme une interdiction générale du voile à l’école serait faux.

La violation expose à une amende administrative de 200 à 1 000 euros. Lorsqu’elle concerne un mineur, la sanction est imputée aux parents.

Le plafond de 30 % ne vise pas tous les enfants étrangers

C’est la mesure la plus commentée, et la plus mal comprise. À partir de la rentrée 2027/2028, certaines catégories d’élèves sans nationalité italienne ne pourront pas dépasser 30 % de l’effectif des classes de première année. Le plafond ne s’applique pas indistinctement à tous les élèves étrangers.

Dans le primaire, il concerne les enfants de nationalité étrangère qui ne sont pas nés en Italie et qui n’ont pas fréquenté au moins deux années d’école maternelle sur le territoire national. Au collège et au lycée, il vise ceux qui n’ont pas accompli avec succès au moins trois années dans le système scolaire italien.

Concrètement, un enfant sénégalais né à Milan et passé par la maternelle italienne n’entre pas dans le calcul. Un adolescent arrivé il y a quatre ans et scolarisé depuis non plus. En revanche, un enfant arrivé par regroupement familial l’année précédant son inscription y entre pleinement. Le critère retenu est le parcours scolaire, pas la nationalité seule.

Lorsque les inscriptions ne permettent pas de respecter ce plafond, les services scolaires territoriaux devront répartir les élèves entre établissements voisins, en tenant compte de la proximité du domicile. Selon les données du ministère de l’Éducation reprises par la presse, plus de 4 000 établissements sur environ 52 000 comptent aujourd’hui plus de 30 % d’élèves sans nationalité italienne. Ce chiffre ne dit pas combien seront concernés par le nouveau plafond, qui repose sur des critères plus étroits.

Les parents entrent dans le dispositif

Le troisième volet est nouveau et n’avait pas été annoncé. Lorsqu’une méconnaissance persistante de l’italien empêche des parents de collaborer avec l’école et compromet le parcours de leur enfant, l’établissement pourra signaler la situation aux services sociaux. Ceux-ci proposeront des cours gratuits dans les centres publics de formation pour adultes, avec pour objectif un niveau A2.

En cas de refus injustifié, après mise en demeure et sous réserve des exemptions prévues, une amende de 200 à 1 000 euros pourra être appliquée. Le dispositif ne rend donc pas les cours obligatoires pour tous les parents étrangers. Il vise les situations où la barrière de la langue produit des effets identifiés sur la scolarité d’un enfant.

La mesure qui n’a pas été retenue

Dans les heures qui ont précédé le Conseil des ministres, un projet évoquait l’éloignement du mineur de sa famille lorsque les parents ne suivraient pas le parcours linguistique. Cette disposition ne figure pas dans le texte approuvé. Interrogé en conférence de presse, le ministre de l’Instruction Giuseppe Valditara a écarté l’hypothèse, et la sanction retenue est l’amende.

La précision mérite d’être portée aux familles, car cette rumeur a circulé largement. En droit italien, un éloignement ne relève jamais d’une appréciation administrative d’un établissement scolaire : il suppose l’intervention du tribunal compétent et la constatation d’un préjudice concret pour l’enfant.

Un volet budgétaire que le débat a éclipsé

Le décret ne contient pas que des interdictions. Il prévoit 70 millions d’euros supplémentaires en 2026 pour l’orientation, l’inclusion et la lutte contre le décrochage scolaire, y compris des parcours personnalisés et le travail des enseignants tuteurs. Il ajoute 21 millions pour la fourniture gratuite ou partiellement gratuite des manuels, et relève de 30 000 à 40 000 euros le plafond de revenus ouvrant droit à l’aide destinée aux familles.

S’y ajoutent le retour du latin en option au collège et une simplification du plan éducatif individualisé pour les élèves en situation de handicap, dont les parents ne devront plus redéfinir chaque année l’intégralité du document.

Une réforme contestée, et pas seulement par l’opposition

Giorgia Meloni défend des instruments de bon sens qui, selon elle, évitent les classes ghettos et donnent les mêmes chances à tous les élèves. La secrétaire du Parti démocrate, Elly Schlein, dénonce une politique qui prend les enfants pour cible. Le Mouvement cinq étoiles conteste la faisabilité du dispositif. Des syndicats et des chefs d’établissement s’inquiètent des conséquences pratiques du plafond.

Les objections portent moins sur le principe que sur l’exécution. Les écoles voisines auront-elles des places disponibles ? Qui organisera et paiera les déplacements supplémentaires d’enfants de six ans ? Quels enseignants assureront le soutien linguistique de ceux qui en ont besoin ? Le gouvernement a prévu des financements pour les établissements qui ne pourront pas respecter le plafond, et leur adéquation se mesurera à l’usage.

Ce que cela signifie pour la communauté sénégalaise

Au 31 décembre 2024, 103 818 Sénégalais résidaient régulièrement en Italie, quatorzième communauté non communautaire du pays, un effectif plus que doublé depuis 2005. Près de six sur dix détiennent un titre de long séjour, et 55,3 % des nouvelles entrées relèvent du regroupement familial. La Lombardie concentre une part importante de cette présence.

Ces deux données suffisent à cerner qui sera touché. Les enfants nés en Italie, majoritaires dans les familles installées de longue date, restent hors du calcul du plafond. Ceux qui arrivent par regroupement familial, eux, entrent directement dans la catégorie visée, au moment précis où ils ont le plus besoin d’une scolarisation stable.

Pour les parents, les cours gratuits d’italien peuvent constituer une ressource réelle, à condition d’être accessibles à des personnes qui travaillent souvent en horaires décalés. Leur utilité dépendra des horaires proposés par les centres publics de formation pour adultes, bien davantage que du texte du décret.

Le texte n’est pas définitif

Un décret-loi approuvé en Conseil des ministres doit être publié au Journal officiel puis converti par le Parlement dans les délais constitutionnels. Des amendements peuvent en modifier la portée, et des circulaires administratives devront préciser son application. L’essentiel des dispositions relatives aux élèves étrangers n’entre de toute façon en vigueur qu’à la rentrée 2027/2028.

D’ici là, les familles concernées disposent d’une année scolaire complète pour se renseigner auprès de leur établissement et des services territoriaux. Le droit à l’instruction de tout mineur présent sur le sol italien, quelle que soit sa nationalité, demeure. Ce que ce décret redéfinit, c’est la manière dont l’école italienne organise cet accueil, et les moyens qu’elle y consacre.


Alioune Ndiaye

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