Or : la Côte d’Ivoire prépare une unité d’affinage de 100 tonnes pour transformer localement sa puissance minière
La Côte d’Ivoire veut franchir une étape décisive dans sa stratégie aurifère : ne plus seulement extraire davantage d’or, mais maîtriser une partie croissante de sa transformation, de sa traçabilité et de sa commercialisation. Annoncée pour le premier semestre 2027, la première unité nationale d’affinage devrait pouvoir traiter environ 100 tonnes d’or à plein régime.
La Côte d’Ivoire veut franchir une étape décisive dans sa stratégie aurifère : ne plus seulement extraire davantage d’or, mais maîtriser une partie croissante de sa transformation, de sa traçabilité et de sa commercialisation. Annoncée pour le premier semestre 2027, la première unité nationale d’affinage devrait pouvoir traiter environ 100 tonnes d’or à plein régime. Autour de cette infrastructure, Abidjan construit avec la Société ivoirienne des métaux précieux un dispositif allant de la collecte auprès des petits producteurs jusqu’à l’accès aux marchés internationaux.
L’annonce faite le 16 septembre par le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, dépasse la seule construction d’une raffinerie.
La Côte d’Ivoire cherche à intervenir sur des maillons de la chaîne aurifère dont une partie de la valeur lui échappe encore : collecte, certification de l’origine, affinage, logistique et commercialisation internationale.
L’unité d’affinage doit entrer en exploitation au terme du premier semestre 2027. À plein régime, sa capacité annoncée atteindra environ 100 tonnes d’or.
Cette dimension industrielle est considérable au regard de la production actuelle du pays. Le Plan national de développement 2026-2030 fixe la production industrielle d’or à 63,525 tonnes en 2026, puis 69,342 tonnes en 2027, avec une progression attendue au-delà de 80 tonnes à la fin de la décennie.
La capacité de la future installation a donc été pensée pour accompagner une filière appelée à changer d’échelle.
Produire de l’or ne suffit plus
Depuis plusieurs années, la Côte d’Ivoire connaît une progression rapide de son industrie aurifère, portée par l’ouverture de nouvelles mines et l’intensification de l’exploration.
Mais extraire davantage de métal ne signifie pas automatiquement capter davantage de valeur.
Entre la sortie d’une mine et l’arrivée de l’or sur les marchés internationaux se trouvent plusieurs activités : analyse, collecte, raffinage, certification, transport sécurisé, financement et commercialisation.
C’est précisément sur cette partie de la chaîne qu’Abidjan veut désormais renforcer sa présence.
L’ambition annoncée par le gouvernement est particulièrement élevée : devenir le premier producteur africain d’or à l’horizon 2035.
La future unité d’affinage constitue l’un des instruments de cette stratégie, mais elle ne peut à elle seule permettre d’atteindre cet objectif. Celui-ci dépendra d’abord de la progression effective de la production minière, de la mise en exploitation de nouveaux gisements et de la compétitivité globale du secteur.
SIMEP, nouvel instrument de la stratégie aurifère
Le projet repose sur la Société ivoirienne des métaux précieux, SIMEP.
Il ne s’agit pas d’une entreprise intégralement détenue par l’État. Selon les informations communiquées lors de la réunion d’opérationnalisation, l’État ivoirien et la Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire détiennent ensemble 49 % de son capital.
La participation nationale totale doit atteindre 70 %.
Cette architecture traduit une volonté de conjuguer contrôle national et participation de partenaires disposant des compétences techniques, financières et commerciales nécessaires à l’intégration de la filière.
La création de la SIMEP a été engagée à la suite d’un Conseil présidentiel tenu le 4 juin 2025. En décembre de la même année, le Conseil des ministres a autorisé la SODEMI à entrer dans son capital.
Le projet entre désormais dans sa phase industrielle.
Le Comptoir national doit récupérer l’or qui échappe aux circuits formels
L’enjeu le plus stratégique se trouve peut-être en amont de la raffinerie.
La Côte d’Ivoire dispose d’un secteur industriel aurifère organisé autour de compagnies minières formelles. Mais elle possède également une importante activité artisanale et à petite échelle, beaucoup plus difficile à contrôler.
C’est sur ce segment que la SIMEP doit notamment intervenir.
Un Comptoir national d’achat d’or est prévu pour agréger la production des petits exploitants, certifier son origine et organiser son acheminement vers l’unité d’affinage.
Le Plan national de développement 2026-2030 en fait explicitement un objectif public. Le document prévoit une montée en puissance progressive du Comptoir national jusqu’à son fonctionnement complet à l’horizon 2030.
La logique est économique, mais aussi réglementaire.
Plus l’or artisanal entre dans un circuit officiel d’achat, de traçabilité et de transformation, plus l’État peut théoriquement suivre les volumes produits, sécuriser les transactions et mieux capter les revenus associés à cette activité.
L’enjeu est donc aussi celui de la lutte contre les circuits clandestins.
De la lutte contre l’orpaillage illégal à l’organisation d’un marché légal
La répression seule ne suffit généralement pas à formaliser l’exploitation artisanale.
Lorsque des milliers de producteurs vivent directement ou indirectement de l’or, la formalisation suppose également de leur proposer des circuits légaux capables d’acheter leur production dans des conditions suffisamment attractives.
C’est ici que le Comptoir national pourrait devenir déterminant.
S’il parvient à garantir des prix compétitifs, des paiements fiables, une certification reconnue et un accès à des équipements ou financements, une partie de la production aujourd’hui difficilement traçable pourrait être réorientée vers le circuit officiel.
À l’inverse, si le marché formel impose trop de contraintes ou rémunère moins bien les producteurs, les réseaux parallèles conserveront leur attractivité.
La réussite de la stratégie ivoirienne ne dépendra donc pas uniquement de la capacité technique de l’usine.
Elle dépendra de sa capacité à être alimentée par un réseau organisé de collecte.
StoneX pour connecter l’or ivoirien aux marchés mondiaux
Abidjan s’entoure parallèlement de partenaires internationaux spécialisés.
StoneX doit intervenir dans la commercialisation internationale et l’accès aux marchés financiers. AlphaStream est associé à la structuration de la collecte auprès des petites mines, tandis qu’AVA doit apporter son expertise dans la logistique et la sécurisation des flux.
Le Conseil mondial de l’or est également associé au dispositif pour les questions liées aux standards internationaux et à l’intégration de la filière ivoirienne dans l’écosystème mondial.
Ce choix révèle l’autre dimension du projet.
Affiner de l’or localement n’a d’intérêt économique durable que si le produit obtenu répond aux exigences de qualité, de conformité et de traçabilité attendues par les acheteurs internationaux.
La véritable frontière industrielle n’est donc pas seulement la capacité à transformer physiquement le métal.
Elle consiste à produire un or suffisamment certifié et traçable pour accéder directement aux grands circuits commerciaux internationaux.
Cent tonnes de capacité ne signifient pas cent tonnes produites
Le chiffre annoncé de 100 tonnes mérite toutefois une distinction importante.
Il s’agit d’une capacité de traitement à plein régime, et non d’une prévision affirmant que la Côte d’Ivoire produira immédiatement 100 tonnes d’or en 2027.
Le PND projette pour cette année-là environ 69,3 tonnes de production industrielle, auxquelles peuvent s’ajouter des volumes issus des exploitations artisanales et semi-industrielles.
La différence est essentielle.
Une raffinerie peut disposer d’une capacité supérieure à la production nationale afin d’absorber la croissance future, de traiter différentes catégories de production et, éventuellement, de développer à terme une vocation régionale.
Aucune annonce officielle consultée ne permet cependant d’affirmer à ce stade que l’unité ivoirienne raffinera de l’or provenant d’autres pays.
Cette éventuelle dimension régionale dépendra de son modèle économique, de ses certifications et de sa compétitivité.
La bataille ivoirienne se déplace vers la valeur ajoutée
L’unité attendue en 2027 marque finalement une évolution de la politique minière ivoirienne.
Pendant longtemps, la performance d’un pays producteur pouvait être principalement mesurée au nombre de mines ouvertes et aux tonnes extraites.
Abidjan cherche désormais à ajouter d’autres indicateurs : combien d’or est formalisé, combien est traçable, combien est transformé localement et quelle part de la valeur commerciale demeure dans l’économie nationale.
C’est une évolution stratégique.
Car devenir un grand producteur africain d’or est une ambition minière. Être capable de collecter, certifier, affiner et commercialiser ce métal depuis son propre territoire relève d’une ambition industrielle et financière beaucoup plus large.
La Côte d’Ivoire s’est donné rendez-vous au premier semestre 2027 pour franchir cette étape.
À cette date, le véritable indicateur ne sera donc pas seulement l’existence physique de la raffinerie. Il faudra mesurer les volumes effectivement collectés et affinés, la proportion d’or artisanal entrée dans le circuit légal, les certifications obtenues et la valeur supplémentaire réellement conservée dans l’économie ivoirienne.
C’est à ces résultats que l’on pourra déterminer si la Côte d’Ivoire a simplement construit sa première unité nationale d’affinage ou si elle a véritablement commencé à reprendre la maîtrise de sa chaîne de valeur aurifère.



