Sénégal : les recettes du PRES soutiennent l’investissement public, mais parler de « sauvetage » des finances serait prématuré
Les premiers chiffres d’exécution du budget 2026 donnent au gouvernement sénégalais un argument en faveur de sa stratégie de mobilisation des ressources intérieures. À fin juin, les nouvelles recettes issues du Plan de redressement économique et social (PRES) ont effectivement contribué à soutenir l’investissement public au moment où les financements extérieurs reculaient fortement.
Les premiers chiffres d’exécution du budget 2026 donnent au gouvernement sénégalais un argument en faveur de sa stratégie de mobilisation des ressources intérieures. À fin juin, les nouvelles recettes issues du Plan de redressement économique et social (PRES) ont effectivement contribué à soutenir l’investissement public au moment où les financements extérieurs reculaient fortement.
Les chiffres avancés sont globalement confirmés par le Rapport trimestriel d’exécution budgétaire à fin juin 2026 : les dépenses en capital atteignent 678,3 milliards de FCFA, contre environ 582 milliards un an auparavant. À l’intérieur de cette enveloppe, l’investissement financé sur ressources internes s’élève à 397,2 milliards, tandis que celui financé sur ressources extérieures tombe à 281,1 milliards.
Le déplacement est spectaculaire.
En un an, les dépenses d’investissement sur ressources internes progressent d’environ 210 milliards de FCFA, tandis que celles financées sur ressources extérieures diminuent de 114 milliards.
C’est précisément dans cet espace que les recettes nouvelles du PRES jouent leur rôle.
Mais une analyse rigoureuse impose de distinguer trois choses : l’effet réel du PRES sur les ressources budgétaires, la relation entre ces recettes et l’augmentation des investissements, et enfin l’état général des finances publiques sénégalaises.
Sur le premier point, l’effet est incontestable.
Le PRES apporte des recettes au moment où les ressources extérieures ralentissent
La Loi de finances 2026 avait fait de la mobilisation des ressources nationales l’un des piliers du redressement budgétaire. Elle prévoit 762,6 milliards de FCFA de recettes additionnelles liées aux différentes mesures du PRES, dont 703,6 milliards de recettes fiscales et 59 milliards de recettes non fiscales.
Ces ressources doivent notamment provenir des jeux de hasard, des transactions de mobile money, de mesures douanières et fiscales, de la régularisation foncière et d’autres réformes destinées à élargir les recettes de l’État.
À fin juin, les mesures du PRES avaient généré environ 140 milliards de FCFA.
Cette somme est significative. Elle représente plus du tiers des 397 milliards d’investissements financés sur ressources intérieures au premier semestre.
Elle arrive surtout au moment où les concours extérieurs consacrés à l’investissement reculent : 281 milliards contre 395 milliards à la même période de 2025.
Le gouvernement a donc effectivement réussi à substituer une partie des ressources domestiques au recul des financements extérieurs.
C’est un résultat important pour une stratégie dont l’un des objectifs déclarés est précisément de réduire la dépendance du financement public à l’égard des ressources extérieures.
Mais attention au calcul : 140 milliards de recettes ne signifient pas automatiquement 140 milliards d’investissements supplémentaires
C’est ici qu’une précision économique devient nécessaire.
Il est tentant de raisonner ainsi : sans les 140 milliards du PRES, les investissements auraient été inférieurs de exactement 140 milliards.
Comptablement, ce raisonnement permet d’illustrer l’importance de ces recettes. Économiquement, il ne peut pas être affirmé comme une causalité automatique.
Le budget fonctionne selon un ensemble de ressources et de dépenses. L’État peut financer ses investissements avec des recettes fiscales ordinaires, des recettes nouvelles, des emprunts ou d’autres ressources de trésorerie.
On peut donc affirmer que les recettes du PRES ont renforcé la capacité de l’État à financer l’investissement sur ressources internes. On ne peut pas démontrer, à partir du seul rapport d’exécution budgétaire, que chaque franc collecté grâce au PRES correspond à un franc supplémentaire effectivement investi.
Cette nuance ne réduit pas le résultat. Elle évite simplement de lui attribuer une précision que les comptes publics ne permettent pas encore d’établir.
L’évolution globale reste favorable : les dépenses en capital passent d’environ 582 à 678 milliards, soit près de 96 milliards supplémentaires malgré la contraction des financements extérieurs.
C’est le signal le plus solide.
Le PRES lui-même reste pourtant en retard sur ses objectifs
Il existe cependant une donnée essentielle que l’analyse initiale ne doit pas occulter.
Les recettes du PRES mobilisées au premier semestre ne représentent que 63,6 % de l’objectif prévu pour cette période. Le rapport budgétaire fait apparaître une moins-value d’environ 80,4 milliards de FCFA par rapport à la programmation semestrielle.
À l’inverse, les recettes fiscales hors PRES ont mieux résisté : elles dépassent leur cible semestrielle et dégagent une plus-value de 42,7 milliards.
Cela change sensiblement la lecture.
Le PRES produit déjà des ressources substantielles, mais il ne délivre pas encore toutes les recettes qui avaient été programmées.
Sur l’ensemble de l’année, l’objectif est encore beaucoup plus ambitieux : plus de 760 milliards de FCFA de recettes additionnelles avaient été inscrites dans le cadrage budgétaire.
Avec environ 140 milliards mobilisés au premier semestre, une accélération très importante serait donc nécessaire durant la seconde moitié de l’année pour se rapprocher de l’objectif annuel.
C’est probablement là que se jouera le véritable premier bilan du plan.
Les finances publiques ne sont pas encore « sauvées »
Le titre selon lequel « le PRES de Ousmane Sonko sauve actuellement les finances publiques » est politiquement puissant. Les données disponibles ne permettent toutefois pas encore de l’établir économiquement.
Le PRES apporte incontestablement une contribution au redressement.
Mais les finances publiques sénégalaises restent confrontées à des contraintes considérables.
Le budget 2026 prévoit encore un déficit de 5,37 % du PIB. Les intérêts et commissions sur la dette sont budgétés à près de 1 191 milliards de FCFA. Au premier semestre, les seules charges financières atteignent déjà 621,2 milliards.
Parallèlement, le Sénégal continue de recourir massivement au marché régional pour financer ses besoins. Entre janvier et juillet 2026, le Trésor a mobilisé près de 1 699 milliards de FCFA sur le marché des titres publics de l’UEMOA, tout en remboursant d’importants montants de capital et d’intérêts.
Il serait donc contradictoire de conclure que la mobilisation de 140 milliards de recettes nouvelles a déjà résolu l’équation financière du pays.
En revanche, elle démontre quelque chose de plus intéressant : la stratégie de mobilisation des ressources intérieures commence à produire un effet budgétaire mesurable.
Et dans la situation actuelle du Sénégal, ce n’est pas négligeable.
Le véritable test arrivera au second semestre
Les données de juin permettent finalement de tirer une conclusion plus solide que les slogans favorables ou défavorables au gouvernement.
Le premier semestre montre que le Sénégal a réussi à augmenter ses investissements en capital de près de 96 milliards malgré une baisse de 114 milliards des investissements financés sur ressources extérieures.
Dans le même temps, les investissements sur ressources nationales ont plus que doublé, passant de 187 à 397 milliards.
Les recettes du PRES ont participé à cette capacité de financement.
C’est un premier résultat.
Mais le plan devra maintenant démontrer qu’il peut mobiliser beaucoup plus de recettes sans affaiblir l’activité économique, la consommation ou les entreprises par une pression fiscale excessive.
Il faudra également vérifier que l’augmentation des dépenses d’investissement se traduit réellement par des infrastructures exécutées, des équipements livrés et des projets économiquement productifs.
Car mobiliser davantage de ressources nationales constitue une avancée.
Les transformer en investissements efficaces en constitue une autre.
Le PRES ne peut donc pas encore être présenté comme ayant « sauvé » les finances publiques sénégalaises. Mais les chiffres du premier semestre montrent qu’il a commencé à remplir l’une de ses fonctions essentielles : donner à l’État une capacité supplémentaire de financement intérieur au moment où les ressources extérieures destinées à l’investissement se contractent.
C’est déjà un résultat mesurable. Le second semestre dira s’il s’agit du début d’un redressement durable ou simplement d’un premier amortisseur budgétaire.



