Dakar 2026 : sur les murs de la capitale, les Jeux ont déjà commencé

À 47 jours de l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse, la Corniche Ouest s’est couverte de fresques. Derrière ces couleurs, un programme du comité d’organisation, une quarantaine d’artistes sénégalais — et une question que personne n’a encore tranchée : que deviendront ces murs après le 13 novembre ?

Il faut rouler lentement pour les voir. Sur l’axe du Bus Rapid Transit qui file vers la place de la Nation, l’ancienne Obélisque, les murs de la Corniche Ouest déroulent des dizaines de mètres de peinture : silhouettes d’athlètes, lettrages, visages, animaux. Un reportage de l’Agence de presse sénégalaise, publié lundi, décrit ces compositions sous une pluie fine de septembre, entre le béton, les klaxons et les passants qui, pour certains, ne lèvent même pas la tête.

Près de l’arrêt de la place de la Nation, une calligraphie rouge cernée de noir fait hésiter le regard : « Sport » ou « Art » ? Les deux mots sont imbriqués dans la même forme. Sur le mur de l’ancienne Inspection d’académie, le cyclisme, le taekwondo, le patinage, la gymnastique, le surf, la lutte sénégalaise, le judo et la natation se partagent la paroi, avec le slogan des Jeux en français puis en wolof, et le mot « respect » en rappel.

Un programme nommé Yeesal

Ces fresques ne sont pas spontanées. Elles relèvent d’un dispositif du comité d’organisation des JOJ, baptisé Yeesal, qui a ouvert les murs de Dakar, Diamniadio et Saly aux peintres et graffeurs sénégalais ou résidant au Sénégal. L’appel à candidatures encourageait explicitement les artistes de moins de 35 ans et promettait aux sélectionnés un appui logistique et financier. La consigne thématique tenait en trois mots — excellence, amitié, respect — les valeurs olympiques, à décliner librement, y compris en hommage aux athlètes africains.

Début août, France 24 dénombrait une quarantaine d’artistes au travail sur les murs de la capitale. Le Comité international olympique, de son côté, a fait de Yeesal l’un des fils conducteurs culturels de ces Jeux, aux côtés de la mascotte Ayo et du festival Dakar en Jeux.

Le lion, les signares, le sabar

Ce qui frappe, sur ces murs, c’est que le sport n’y est jamais seul. Un lion occupe une paroi entière, tête légèrement relevée, le mufle orné de spirales, coiffé de coquillages, la crinière noire prolongée bien au-delà du cadre, un collier de perles rouges, blanches et jaunes autour du cou. Plus loin, des signares lébou ramènent la peinture vers l’histoire de la presqu’île.

Face au Centre culturel régional Blaise-Senghor, la natation, la course, le volley-ball se répondent d’un panneau à l’autre ; un autre lion, aux couleurs du drapeau, voisine avec le sceau de l’État et un baobab. Un coureur de haies en jaune et vert, dossard numéro six, semble sortir du mur. Le tam-tam, le sabar, des pirogues de pêcheurs, un visage sérère souriant, et Sadio Mané, complètent l’inventaire.

Auprès de l’APS, une institutrice de l’école élémentaire Mamadou-et-Binta, Fatou Sonko, souligne la portée pédagogique de l’ensemble : ces murs, dit-elle en substance, rendent la ville accueillante, apprennent aux enfants des fragments de leur patrimoine et signalent au visiteur qu’il met les pieds dans un pays de culture. Un passant originaire de Matam, Harouna Diallo, confie s’arrêter à chaque passage ; un jeune vendeur de petit cola venu de Koundara, en Guinée, reconnaît ne rien savoir de l’origine de ces peintures devant lesquelles il travaille tous les jours.

Ce que la ville a dépensé pour se mettre aux couleurs

L’habillage de Dakar ne se limite pas aux fresques. Le 14 juillet, le maire Abass Fall a lancé un programme municipal de branding urbain chiffré à 1,524 milliard de FCFA : oriflammes, pavoisements lumineux, structures géantes sur les grands axes, déploiement de la mascotte Ayo. Vingt-quatre sites stratégiques ont été retenus pour un éclairage renforcé et une signalétique dédiée.

Ces montants s’inscrivent dans un ensemble plus large, que la Ville a détaillé le 10 septembre en réponse au Premier ministre : une subvention d’État de 5 milliards de FCFA fléchée sur l’investissement — 2 milliards pour la voirie, 1 milliard pour l’éclairage public, 1 milliard pour le branding, 1 milliard pour les boulevards et places — et 13 milliards de marchés lancés par la municipalité sur fonds propres pour l’aménagement des jardins et places publiques.

La flamme s’arrêtera au pied des fresques

Le calendrier ajoute une coïncidence que le décor n’a pas prévue. Allumée le 10 septembre au stade panathénaïque d’Athènes, présentée au public le 12 à la Place du Souvenir africain, la flamme des JOJ a entamé son relais le 14 septembre à Dakar-Plateau. Elle traversera les quatorze régions du pays avant de revenir dans la capitale. Son ultime étape, le 30 octobre, est fixée place de la Nation — précisément là où les murs racontent déjà les Jeux. Le lendemain, le Sénégal ouvrira les premiers Jeux olympiques jamais organisés sur le sol africain : 2 700 jeunes athlètes, 25 sports, 153 épreuves, répartis entre Dakar, Diamniadio et Saly, sous la devise « L’Afrique accueille, Dakar célèbre ».

Et le 14 novembre ?

Reste la question que pose Fatou Sonko, et qui vaut bien au-delà des Jeux. L’institutrice plaide pour un entretien régulier des œuvres, une reprise de la peinture tous les cinq ans, et pour que l’opération serve de rampe de lancement à de jeunes artistes repérés dans les lycées et à l’université. Sa formule est sans détour : « Ici au Sénégal, on n’a pas l’habitude de la maintenance », dit-elle à l’APS.

À ce jour, aucun engagement public n’a été rendu public sur la conservation des fresques Yeesal après le 13 novembre. Les budgets annoncés couvrent la préparation, l’aménagement et l’habillage ; l’après n’est pas documenté. C’est peut-être là que se jouera l’héritage réel de ces murs : non pas dans ce qu’ils montrent pendant quinze jours de compétition, mais dans ce que Dakar décidera d’en garder.

Texte : avec l’APS, reportage d’Oumou Koulsoum Baldé et Ibrahima Diouf. Photo : APS. Compléments Africa7 Média : comité d’organisation des JOJ Dakar 2026, CIO, France 24, Ville de Dakar.

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