Ukraine : Zelensky presse Trump de sanctionner Moscou, au moment où Washington tente encore la voie de la négociation
Volodymyr Zelensky veut convaincre Donald Trump qu’il est temps de changer de méthode face à Vladimir Poutine. Alors que Washington poursuit ses efforts diplomatiques pour obtenir une négociation russo-ukrainienne, le président ukrainien réclame désormais des sanctions américaines « sévères » contre la Russie, estimant que la pression économique doit accompagner — et non attendre — les discussions politiques.
Volodymyr Zelensky veut convaincre Donald Trump qu’il est temps de changer de méthode face à Vladimir Poutine. Alors que Washington poursuit ses efforts diplomatiques pour obtenir une négociation russo-ukrainienne, le président ukrainien réclame désormais des sanctions américaines « sévères » contre la Russie, estimant que la pression économique doit accompagner — et non attendre — les discussions politiques.
La demande intervient dans une séquence particulièrement délicate. Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner viennent d’effectuer une nouvelle navette entre Moscou et Kyiv. Ils ont rencontré Vladimir Poutine puis Volodymyr Zelensky, avec l’objectif affiché de relancer un processus diplomatique qui reste bloqué sur les questions essentielles : territoires occupés, garanties de sécurité pour l’Ukraine et conditions politiques d’une éventuelle cessation des hostilités.
Donald Trump conserve pourtant une lecture plus optimiste des intentions russes. Le 9 septembre, il a affirmé que Poutine voulait parvenir à un accord et que celui-ci deviendrait possible si Zelensky le souhaitait également. Cette présentation contraste avec l’analyse ukrainienne et avec les doutes persistants exprimés par plusieurs responsables occidentaux sur la volonté réelle du Kremlin d’accepter un compromis.
C’est précisément dans cet écart d’appréciation que s’inscrit l’offensive diplomatique de Zelensky.
Pour Kyiv, poursuivre le dialogue sans augmenter simultanément le coût économique de la guerre risque de laisser à Moscou le temps de négocier tout en maintenant sa pression militaire. Les attaques russes se poursuivent en effet sur le territoire ukrainien. Ce 11 septembre, des drones russes ont notamment frappé Kyiv, tuant deux personnes et faisant plusieurs blessés. De son côté, l’Ukraine intensifie également ses frappes en profondeur contre les infrastructures économiques et énergétiques russes.
La demande ukrainienne arrive surtout au moment où Washington dispose d’un instrument législatif susceptible de modifier sensiblement le rapport de force économique.
Le Sénat américain a approuvé en août, par 86 voix contre 11, un important projet de sanctions contre la Russie. Le texte doit désormais être examiné par la Chambre des représentants, dont la commission des règles doit se réunir lundi avant un possible vote dans le courant de la semaine prochaine.
Le dispositif va beaucoup plus loin que de simples sanctions individuelles contre des responsables russes. Il cherche également à agir sur l’une des principales sources de financement de l’économie russe : les exportations énergétiques.
C’est là que le projet devient géopolitiquement sensible.
Le texte envisage de donner à l’administration Trump des instruments tarifaires particulièrement puissants contre les pays continuant d’acheter massivement de l’énergie russe. L’objectif est de rendre plus coûteux le contournement des sanctions occidentales en exerçant une pression non seulement sur Moscou, mais également sur certains de ses principaux partenaires commerciaux.
Cette stratégie touche directement des puissances comme la Chine et l’Inde.
Or Washington doit mesurer le coût diplomatique d’une telle politique. L’Inde, notamment, continue d’entretenir une relation énergétique importante avec la Russie. Narendra Modi s’est encore entretenu avec Vladimir Poutine ce 11 septembre, à l’approche du sommet des BRICS à New Delhi.
Sanctionner efficacement la Russie ne consiste donc plus simplement à fermer l’accès de banques ou d’entreprises russes aux marchés occidentaux. Après plus de quatre années de guerre, la question centrale est devenue celle des réseaux commerciaux permettant à Moscou de continuer à exporter ses hydrocarbures, importer certaines technologies et financer son économie de guerre.
L’Union européenne poursuit la même logique. Bruxelles a renouvelé en juin ses sanctions économiques contre la Russie jusqu’au 31 juillet 2027. Les mesures européennes touchent notamment la finance, le commerce, les technologies à double usage et une partie des exportations pétrolières russes. L’UE cherche également à réduire les revenus énergétiques de Moscou et à lutter davantage contre sa « flotte fantôme », utilisée pour transporter du pétrole en contournant certaines restrictions.
À Kyiv, des représentants de 22 pays et de l’Union européenne viennent d’ailleurs de se réunir pour travailler précisément sur le renforcement des sanctions. Énergie, secteur bancaire russe, transport maritime, composants utilisés dans les missiles et drones ainsi que fournisseurs de l’industrie militaire figurent parmi les dossiers étudiés.
Mais la question essentielle reste celle de l’efficacité.
Les sanctions occidentales ont incontestablement compliqué l’accès russe à certains capitaux, technologies et marchés. Elles n’ont cependant pas suffi à interrompre la guerre. Moscou a développé de nouveaux circuits commerciaux et renforcé certaines relations économiques avec des États qui ne participent pas au régime occidental de sanctions.
Zelensky veut donc désormais transformer la pression quantitative en pression qualitative : viser davantage les recettes énergétiques, les intermédiaires financiers, les chaînes d’approvisionnement militaires et les pays ou entreprises permettant le contournement des restrictions.
Son message à Trump est finalement politique autant qu’économique : la négociation ne doit pas offrir à Moscou une période de moindre pression.
Cette position entre cependant en tension avec la stratégie actuelle de la Maison-Blanche. Trump cherche à maintenir un canal personnel avec Poutine et considère toujours qu’un accord peut être obtenu. Ses émissaires travaillent parallèlement à une reprise des négociations, tandis que Zelensky a indiqué qu’aucune rencontre trilatérale ne devrait avoir lieu avant les élections législatives russes du 20 septembre. Il espère en revanche des avancées sur les questions énergétiques et céréalières après sa prochaine rencontre avec Trump.
Deux stratégies ne s’opposent donc pas nécessairement, mais leur dosage devient déterminant.
Washington peut considérer les sanctions comme une menace à conserver pour favoriser les concessions russes. Kyiv estime au contraire qu’elles doivent être appliquées immédiatement pour créer précisément les conditions de ces concessions.
C’est probablement l’un des sujets centraux de la prochaine rencontre Trump-Zelensky.
Car derrière la question des sanctions se trouve une interrogation beaucoup plus fondamentale : qu’est-ce qui peut réellement modifier le calcul stratégique de Vladimir Poutine ?
Quatre ans et demi après le début de l’invasion à grande échelle, ni les sanctions occidentales, ni l’aide militaire à l’Ukraine, ni les pertes humaines et matérielles, ni les initiatives diplomatiques successives n’ont encore produit un règlement politique.
Trump veut démontrer que la négociation peut réussir là où les politiques précédentes ont échoué. Zelensky cherche, lui, à convaincre le président américain que la diplomatie ne devient réellement efficace que lorsqu’elle s’appuie sur un rapport de force.
Le débat n’est donc plus simplement de savoir s’il faut sanctionner ou négocier. Il porte sur l’ordre dans lequel employer ces instruments : négocier d’abord et sanctionner en cas d’échec, ou sanctionner davantage maintenant afin de négocier ensuite dans de meilleures conditions.
C’est entre ces deux conceptions que Washington devra désormais arbitrer.



