Sénégal : 109 blocs pétroliers et gaziers sur le marché, Dakar veut rouvrir le jeu de l’exploration
Le Sénégal prépare une opération d’une ampleur inhabituelle dans son secteur des hydrocarbures : la mise à disposition de 109 blocs pétroliers et gaziers auprès d’investisseurs sénégalais et internationaux. L’annonce, rapportée le 10 septembre, intervient alors que Dakar cherche à ouvrir un nouveau cycle d’exploration, après l’entrée en production de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), mais aussi après la révision de plusieurs contrats et permis engagée par les nouvelles autorités.
Le Sénégal prépare une opération d’une ampleur inhabituelle dans son secteur des hydrocarbures : la mise à disposition de 109 blocs pétroliers et gaziers auprès d’investisseurs sénégalais et internationaux. L’annonce, rapportée le 10 septembre, intervient alors que Dakar cherche à ouvrir un nouveau cycle d’exploration, après l’entrée en production de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), mais aussi après la révision de plusieurs contrats et permis engagée par les nouvelles autorités.
Selon les informations disponibles, le nouveau découpage du domaine pétrolier sénégalais comprend désormais 113 blocs, dont seulement quatre seraient actuellement sous contrat. Les 109 autres constituent donc le portefeuille que l’État entend promouvoir auprès des investisseurs. Un roadshow doit accompagner cette opération afin de présenter les données géologiques, les opportunités disponibles et les conditions d’investissement.
Ce chiffre marque surtout une rupture avec l’ancienne cartographie officielle. Le site du ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines présente encore un bassin sédimentaire découpé en 32 blocs, dont sept terrestres et vingt-cinq offshore. L’annonce des 113 blocs suppose donc un redécoupage beaucoup plus fin du domaine pétrolier. Ce changement est important : il faudra que les autorités publient la nouvelle carte, les superficies, la localisation exacte des blocs et les modalités juridiques de leur attribution afin que le marché puisse mesurer précisément la portée de l’opération.
L’enjeu est d’autant plus important que le précédent grand appel d’offres sénégalais n’avait pas produit les résultats espérés. En octobre 2019, Dakar avait proposé douze blocs offshore. La procédure, prolongée notamment en raison de la pandémie et de la chute des cours pétroliers, n’avait finalement attiré qu’une seule offre. Selon le dernier rapport ITIE disponible, l’appel d’offres avait été annulé et aucun des douze blocs concernés n’avait été attribué.
Le lancement de 109 blocs ne constitue donc pas, en lui-même, la garantie de l’arrivée de 109 investisseurs. C’est précisément ici que se situe le principal défi.
Depuis quelques années, l’exploration pétrolière mondiale est devenue plus sélective. Les compagnies arbitrent leurs investissements en fonction de la qualité géologique des prospects, du coût des forages, de la profondeur d’eau, de la fiscalité, des infrastructures disponibles, de la stabilité contractuelle et du délai nécessaire entre une découverte et sa commercialisation. Le Sénégal devra par conséquent convaincre que les blocs proposés peuvent générer une rentabilité suffisante face aux autres bassins africains et internationaux.
Le pays possède néanmoins un argument considérable : son sous-sol n’est plus seulement prometteur, il est désormais productif. Sangomar a fait entrer le Sénégal dans le cercle des producteurs de pétrole en juin 2024. GTA a ensuite ouvert la phase d’exploitation gazière entre le Sénégal et la Mauritanie. Les découvertes de Yakaar-Teranga ont, parallèlement, confirmé l’importance du potentiel gazier du bassin sénégalais.
Cette nouvelle campagne arrive cependant dans un environnement politique très différent de celui du précédent licensing round.
Depuis 2024, les autorités ont engagé une révision des conventions et contrats considérés comme stratégiques. En mars 2026, le gouvernement a notamment présenté les résultats de plusieurs renégociations concernant les mines, les hydrocarbures, l’énergie et les infrastructures. Dans le pétrole et le gaz, l’exécutif affirme avoir récupéré certains blocs et amélioré les intérêts économiques de l’État dans plusieurs dossiers.
La question devient donc particulièrement sensible : comment attirer massivement de nouveaux capitaux tout en renforçant simultanément les exigences de souveraineté économique ?
Les deux objectifs ne sont pas nécessairement contradictoires. Le Code pétrolier de 2019 prévoit que l’attribution des blocs peut intervenir par appel d’offres ou consultation directe. Il a également renforcé plusieurs mécanismes relatifs à la fiscalité, au bonus de signature, à l’environnement, à la transparence et au contenu local.
Le Sénégal dispose aussi depuis 2020 d’un cadastre pétrolier numérique destiné à améliorer l’administration des titres, le suivi des engagements des opérateurs et l’accès public aux informations du secteur. Dans une campagne portant sur 109 blocs, cet instrument devient particulièrement important : la crédibilité de l’opération dépendra autant du potentiel géologique proposé que de la transparence des procédures d’attribution.
Le gouvernement affiche également une ambition supplémentaire : favoriser l’émergence d’entreprises sénégalaises dans l’énergie, le pétrole et le gaz. Là encore, la question devra être précisée. L’exploration pétrolière, particulièrement en offshore profond et ultra-profond, nécessite des capitaux considérables, une maîtrise technologique avancée et une forte capacité d’absorption du risque. La participation nationale peut donc prendre plusieurs formes : PETROSEN, coentreprises, sous-traitance, services pétroliers, ingénierie, logistique, financement ou participation directe aux permis.
C’est probablement sur ce terrain que la nouvelle politique sera réellement jugée. L’enjeu ne consiste plus seulement à découvrir du pétrole ou du gaz, mais à déterminer quelle part de la valeur créée reste dans l’économie sénégalaise : emplois qualifiés, entreprises locales, fiscalité, infrastructures, transformation industrielle et accès à l’énergie.
La mise sur le marché de 109 blocs intervient enfin à un moment où le Sénégal cherche à accélérer sa stratégie énergétique. Dakar accueillera en décembre 2026 la conférence régionale MSGBC Oil, Gas & Power, consacrée notamment aux investissements, au gaz, aux infrastructures, au contenu local et au financement. Cette échéance peut constituer une importante vitrine internationale pour le nouveau portefeuille sénégalais.
Mais avant de parler de succès, plusieurs informations essentielles restent attendues : la nouvelle cartographie officielle des 113 blocs, les critères de sélection des 109 blocs proposés, le calendrier du roadshow, les données géologiques accessibles aux investisseurs et les conditions fiscales et contractuelles applicables.
L’annonce est donc importante, mais le véritable test commence maintenant. Après Sangomar et GTA, le Sénégal ne cherche plus seulement à démontrer qu’il possède des hydrocarbures. Il doit démontrer qu’il peut organiser un nouveau cycle d’exploration suffisamment attractif pour les investisseurs, suffisamment transparent pour l’État et suffisamment intégré pour que l’économie nationale en capte une part plus importante.



