Maroc : quand la rivalité Akhannouch-Lekjaa déborde sur la bataille du Mondial 2030

À moins de quatre ans de la Coupe du monde 2030, la compétition que se livrent le Maroc et l’Espagne pour accueillir la finale prend une dimension de plus en plus politique. Au Maroc, elle vient même de s’inviter dans les rapports entre le chef du gouvernement Aziz Akhannouch et Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football et ministre délégué chargé du Budget. Une controverse intérieure qui intervient au moment où Rabat cherche précisément à défendre, face à Madrid, la candidature du futur Grand Stade Hassan II de Benslimane.

À moins de quatre ans de la Coupe du monde 2030, la compétition que se livrent le Maroc et l’Espagne pour accueillir la finale prend une dimension de plus en plus politique. Au Maroc, elle vient même de s’inviter dans les rapports entre le chef du gouvernement Aziz Akhannouch et Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football et ministre délégué chargé du Budget. Une controverse intérieure qui intervient au moment où Rabat cherche précisément à défendre, face à Madrid, la candidature du futur Grand Stade Hassan II de Benslimane.

À l’origine de la polémique, des déclarations d’Akhannouch lors d’une rencontre politique à Mediouna. Selon Le360, le chef du gouvernement a évoqué les investissements consentis par l’État pour les infrastructures sportives, la CAN 2025 et les performances des sélections nationales, tout en contestant implicitement l’idée que ces résultats puissent être attribués à un seul responsable. Le média marocain y voit une attaque dirigée contre Lekjaa et reproche surtout au Premier ministre d’avoir déplacé sur le terrain partisan des dossiers qui relèvent d’une politique nationale.

Cette lecture appartient à la ligne éditoriale de Le360 et doit être distinguée des faits établis. Mais la séquence mérite attention parce que les deux responsables sont institutionnellement associés à la préparation des grandes compétitions. En février 2025, Akhannouch présidait ainsi un comité gouvernemental consacré aux infrastructures de la CAN et du Mondial, en présence notamment de Lekjaa. Le gouvernement annonçait alors une mobilisation collective autour des chantiers sportifs, dont celui de Benslimane.

Le contexte international donne aujourd’hui une tout autre portée à cette querelle.

Le 10 septembre, Fouzi Lekjaa a affirmé publiquement que la province de Benslimane aurait « l’honneur d’accueillir la finale de la Coupe du monde 2030 ». Cette déclaration a immédiatement traversé le détroit de Gibraltar, car l’Espagne revendique elle aussi le dernier match du tournoi. Madrid dispose notamment du Santiago-Bernabéu, tandis que Barcelone avance le Camp Nou. Le Maroc mise, lui, sur une infrastructure entièrement nouvelle : le Grand Stade Hassan II, annoncé à environ 115 000 places et dont l’achèvement est prévu fin 2027.

Mais un élément est essentiel : la FIFA n’a pas attribué la finale au Maroc. Interrogée après les déclarations de Lekjaa, l’instance mondiale a indiqué que la décision serait prise « en temps voulu ». Elle avait déjà démenti en août des informations laissant entendre que Gianni Infantino aurait promis la finale au Royaume. La compétition entre le Maroc et l’Espagne reste donc ouverte.

Cette précision change la lecture de l’affaire. Le Maroc ne défend pas seulement un stade : il cherche à convaincre la FIFA qu’il possède la capacité opérationnelle, logistique et institutionnelle d’accueillir l’événement le plus exposé du football mondial.

Le chantier de Benslimane constitue à cet égard une pièce maîtresse. Le lot principal de construction, estimé à 3,4 milliards de dirhams, a été attribué en 2025 au groupement marocain SGTM-TGCC. Début septembre 2026, Le360 indiquait que le chantier progressait et rappelait une livraison prévue en décembre 2027. Autour de cette enceinte doivent également se greffer les infrastructures de transport, d’hébergement, de sécurité et de mobilité nécessaires à une finale mondiale.

Le dossier marocain ne part donc pas de rien. Mais l’Espagne possède des arguments considérables : infrastructures déjà éprouvées, expérience d’organisation, poids footballistique et stades mondialement connus. La Fédération espagnole ne cache d’ailleurs pas sa volonté de défendre jusqu’au bout l’organisation de la finale sur son territoire.

C’est précisément pourquoi la controverse Akhannouch-Lekjaa dépasse la simple rivalité personnelle que suggère Le360. Dans une candidature conjointe aussi complexe que celle de 2030, chaque pays coorganisateur défend également ses propres intérêts. Le Maroc, l’Espagne et le Portugal porteront ensemble le tournoi, tandis que l’Uruguay, l’Argentine et le Paraguay accueilleront les rencontres commémoratives du centenaire. Mais l’attribution de la finale reste un enjeu de prestige international considérable.

Il serait cependant excessif d’affirmer qu’une divergence politique interne compromet déjà la candidature marocaine. Aucun élément disponible ne permet de l’établir. En revanche, l’épisode montre combien le football est devenu au Maroc un sujet dépassant largement le rectangle vert : infrastructures, image internationale, politiques publiques et compétition d’influence s’y rencontrent.

Le paradoxe est là. Akhannouch et Lekjaa appartiennent au même dispositif gouvernemental chargé de conduire une partie essentielle des préparatifs de 2030. Quelle que soit leur rivalité politique éventuelle, ils restent donc associés à un objectif national dont l’arbitre final ne se trouve ni à Rabat ni à Madrid, mais à la FIFA.

Et sur ce point, malgré les déclarations catégoriques venues des deux rives de la Méditerranée, la seule vérité établie aujourd’hui est simple : le Maroc veut la finale, l’Espagne la veut également, et la FIFA n’a pas encore tranché.

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