Sahara occidental : le plan marocain gagne du terrain en Europe, Athènes et Copenhague renforcent leur position

Le Maroc continue de consolider, étape après étape, les soutiens européens à son initiative d’autonomie pour le Sahara occidental. Les dernières évolutions venues de Grèce et du Danemark confirment cette dynamique diplomatique, dans un dossier où les formulations comptent presque autant que les décisions elles-mêmes.

Le Maroc continue de consolider, étape après étape, les soutiens européens à son initiative d’autonomie pour le Sahara occidental. Les dernières évolutions venues de Grèce et du Danemark confirment cette dynamique diplomatique, dans un dossier où les formulations comptent presque autant que les décisions elles-mêmes.

À Athènes, le signal est particulièrement significatif. À l’issue de sa rencontre, le 7 septembre, avec son homologue marocain Nasser Bourita, le ministre grec des Affaires étrangères, George Gerapetritis, a qualifié la proposition marocaine d’autonomie de contribution « sérieuse et crédible » au processus conduit par les Nations unies, estimant qu’elle pourrait constituer « la solution la plus réalisable » au différend.

Cette évolution prend un relief particulier puisque la Grèce siège actuellement au Conseil de sécurité des Nations unies et en assumera la présidence en octobre, au moment où doit être examinée la prorogation du mandat de la MINURSO, qui arrive à échéance le 31 octobre 2026. Athènes ne se contente donc pas d’exprimer une position bilatérale : elle participera directement aux discussions multilatérales sur le dossier.

Le Danemark a lui aussi renforcé son appréciation de l’initiative marocaine. Copenhague considère désormais le plan d’autonomie comme une base crédible et sérieuse susceptible de contribuer à une solution négociée. Cette évolution rapproche davantage le Danemark de la dynamique européenne favorable à l’utilisation de la proposition marocaine comme socle des négociations.

Il faut cependant distinguer deux niveaux diplomatiques souvent confondus. Soutenir le plan d’autonomie marocain comme base de négociation n’équivaut pas nécessairement à reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Le ministère danois des Affaires étrangères continue ainsi d’indiquer explicitement que le Danemark et l’Union européenne ne reconnaissent pas le Sahara occidental comme faisant partie du Maroc et rappelle que le territoire figure depuis 1963 sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies.

Cette nuance est fondamentale pour comprendre le déplacement en cours au sein de l’Europe.

Depuis plusieurs années, Rabat a obtenu des évolutions majeures. L’Espagne considère depuis 2022 l’initiative marocaine comme la base « la plus sérieuse, réaliste et crédible » pour résoudre le différend. La France est allée plus loin en 2024 en affirmant que le présent et l’avenir du Sahara occidental s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine. Plusieurs autres États européens ont, avec des formulations différentes, progressivement accordé davantage de poids au plan présenté par Rabat en 2007.

Mais l’évolution la plus importante est désormais collective. En janvier 2026, l’Union européenne et le Maroc ont acté une nouvelle formulation européenne alignée sur la résolution 2797 du Conseil de sécurité adoptée en octobre 2025. Les Vingt-Sept soutiennent désormais des négociations prenant comme base la proposition marocaine d’autonomie, tout en maintenant l’objectif d’une solution juste, durable et mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. L’UE reconnaît également qu’une autonomie véritable pourrait constituer l’issue la plus réalisable.

Le changement est considérable. Pendant des années, la diplomatie européenne s’était principalement limitée à soutenir le processus des Nations unies sans privilégier explicitement l’une des propositions politiques. Désormais, le plan marocain occupe une place centrale dans le cadre même à partir duquel les négociations sont appelées à reprendre.

Pour Rabat, cette progression constitue incontestablement un succès diplomatique. Le Maroc a réussi à déplacer progressivement le débat international : la discussion ne porte plus seulement sur la confrontation entre indépendance et rattachement au Maroc, mais de plus en plus sur les conditions dans lesquelles une autonomie pourrait être négociée sous souveraineté marocaine.

Pour autant, le dossier n’est pas juridiquement clos. Le Front Polisario continue de revendiquer l’indépendance du territoire et défend le droit des Sahraouis à choisir librement leur statut politique. Les organisations qui contestent l’évolution actuelle soulignent également que l’autodétermination ne saurait être réduite à une autonomie prédéterminée. Human Rights Watch a ainsi averti en 2026 que le nouveau cadre de négociation risquait, selon son analyse, d’affaiblir l’exercice effectif de ce droit.

C’est précisément cette coexistence entre réalisme diplomatique et question juridique non résolue qui caractérise aujourd’hui le dossier.

La Grèce et le Danemark ne règlent donc pas à eux seuls la question du Sahara occidental. Leurs positions montrent cependant que le centre de gravité européen s’est déplacé. Le plan marocain, autrefois présenté comme une proposition parmi d’autres, est progressivement devenu pour une partie croissante des partenaires européens et désormais pour l’Union européenne elle-même le point de départ privilégié d’une négociation politique.

La prochaine échéance sera déterminante. En octobre, le Conseil de sécurité devra de nouveau se prononcer sur la MINURSO et sur la trajectoire politique ouverte par sa résolution de 2025. Avec la Grèce à sa présidence et une Union européenne désormais plus clairement positionnée, Rabat abordera cette séquence avec un environnement diplomatique sensiblement plus favorable qu’il ne l’était encore quelques années auparavant.

Mais entre soutien à l’autonomie, reconnaissance de souveraineté et règlement définitif du conflit, trois réalités juridiques et diplomatiques différentes subsistent. C’est dans cet espace, désormais considérablement resserré, que se jouera la prochaine bataille diplomatique autour du Sahara occidental.

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